L'aménageur de la Capelette prévoit d'installer un parc provisoire en son cœur sur 1,7 hectare. Cette réalisation vertueuse est aussi destinée à faire oublier les retards et ratés de l'aménagement de la zone. Avec, à sa porte, le trou béant du projet de centre commercial Bleu Capelette. Aujourd'hui, son promoteur demande à la Ville de le soutenir.

Entre les tas de vieux pneus calcinés et les dépôts de déchets inertes qui forment d’imposantes collines, difficile d’imaginer le parc qui doit voir le jour au cœur de la Capelette et de sa zone d’aménagement concerté (ZAC). L’idée a pourtant germé en 2015 – et le mot est adéquat – au détour d’une mission municipale sur les terres milanaises, alors hôte de l’exposition universelle. « La municipalité de Milan avait fait pousser un champs de blé au beau milieu des tours à un endroit où ils étaient sûrs de ne pas bâtir dans l’immédiat, raconte Gérard Chenoz, président de la Soleam, société d’aménagement qui a repris les rênes de la ZAC. Nous nous sommes dits qu’il y avait là une bonne idée à reprendre. »

Aussitôt dit, aussitôt fait ou quasiment. Mercredi 6 juillet, la mairie des 9e et 10e arrondissements accueillait une conférence de presse consacrée à ce sujet. « Il s’agit d’implanter un aménagement de proximité qui puisse servir aux habitants du quartier, explique Virginie Lamini, en charge de la Capelette au sein de la Soleam. Nous n’en sommes qu’aux esquisses du pré-projet, mais il est question de créer des jardins potagers partagés, deux espaces de jeux, une prairie plus rustique et un lieu de restauration avec des food-trucks pour les gens qui travaillent sur place. Le tout sur 1,7 hectare. » La perspective devrait réjouir les habitants des immeubles voisins qui contemplent des incendies de pneus et des camions qui déchargent en toute illégalité depuis qu’ils y ont emménagé.

Le site du futur parc présente des traces de pollution.
Le site du futur parc présente des traces de pollution.

Un parc provisoire dès 2017

Le tout s’avère peu coûteux : 250 000 euros, une somme « d’autant plus supportable que le département va puissamment aider le projet », affirme le maire de secteur et conseiller départemental du cru, Lionel Royer-Perreaut. La plus grande part de cette somme sera consacrée à dépolluer le site et le rendre viable pour un accueil du public. Lequel pourrait avoir lieu dès 2017. Quant à sa durée de vie, elle est plus difficile à apprécier. Elle est fixée à trois ans sur le papier du dossier de presse, évaluée à 5 ou 6 ans par Gérard Chenoz. Et commentée de la sorte par le maire de secteur : « Dans ce pays, il y a des aménagements provisoires qui durent parfois très longtemps. Je préfère qu’il soit provisoire du moment qu’il est réellement qualitatif. »

Cette question est d’autant plus essentielle que le parc doit prendre la place d’un réseau de routes dont on voit mal à quel moment il pourra sortir de terre pour permettre le désenclavement du quartier. À ce propos, le maire de secteur est sans illusion sur le passé. Lionel Royer-Perreaut fustige à mots durs les prédécesseurs de Gérard Chenoz : « Cet projet a été mal pensé dès le début. Nous subissons les atermoiements liés à ce mauvais départ. Aujourd’hui, la ZAC se cherche encore. »

Le verrou Sanitor

En effet, au Nord-Est de la parcelle, se trouve le bâtiment tout en longueur du magasin Sanitor. Spécialiste de l’aménagement sanitaire, l’entreprise est installée depuis début 2000. Une arrivée qui coïncide avec le début des pourparlers avec l’aménageur. Le patriarche, Elie Tordjman, se souvient d’avoir vu débarquer un soir le patron de Marseille Aménagement, Charles Boumendil. « Vous imaginez ? J’emménage là début 2000 et un an et demi plus tard, je vois arriver ce directeur qui me dit qu’il faut que je parte parce qu’il va y avoir une route. Et on me propose une somme dérisoire, pour cela. Ce n’est pas possible, c’est de la rigolade et je fais attention de ne pas employer d’autres mots. »

Aujourd'hui, la voie bute sur le magasin Sanitor, en fond d'impasse.
Aujourd’hui, la rue Édouard-Alexander bute sur le magasin Sanitor, en fond d’impasse.

De fait, une très longue bataille procédurale entre les patrons de Sanitor – Elie Tordjman et son fils Charles – et les aménageurs du site, Marseille Aménagement dans un premier temps puis la Soleam qui a pris sa suite. Au final, les Tordjman ont fini par être expropriés mais cette décision ne concerne que les murs de leur magasin. La cession de leur fonds de commerce est toujours en discussion. « Ils me font une proposition basée sur le prix des domaines [le service France Domaine, ndlr], mais qu’est ce qu’ils en savent les domaines de ce que vaut mon affaire ?, s’insurge Elie Tordjman. Ils nous ont fait une proposition pour être relogés mais à un prix tellement dérisoire que je n’ai pas d’autre mot que celui de spoliation. »

À l’autre bord, les dirigeants de la Soleam prennent leur mal en patience. « Nous lui proposons un nouveau local mais nous sommes tenus par le prix des domaines que cela soit pour les murs du local ou pour le montant de l’indemnité d’éviction concernant le fonds de commerce, expose Jean-Yves Miaux, directeur de la Soleam. Les négociations sont toujours en cours et nous sommes plus près du début que de la fin. »

Le très gros verrou du centre de transfert de déchets

Mais le magasin Sanitor n’est pas le seul obstacle sur la route du désenclavement. À l’autre bord du futur parc, les voies en projet buttent sur un morceau de choix : le centre de transfert des déchets Sud. À cet endroit, les bennes de la métropole acheminent les déchets ménagers de toute la partie méridionale de la ville. Les bordilles sont ensuite chargées dans le train du même nom qui les amène jusqu’à l’incinérateur de Fos-sur-Mer. Or, depuis 2004, la Ville, la communauté urbaine puis la métropole poursuivent le projet de déplacer, contourner ou « encapsuler » ledit centre de transfert pour faire passer une route à cet endroit.

Le centre de transfert des déchets de La Capelette fait face à la patinoire.
Le centre de transfert des déchets de La Capelette fait face à la patinoire.

Dans son rapport particulièrement sévère sur la gestion de Marseille Aménagement rendu public en octobre 2013, la chambre régionale des comptes évoquait la ZAC de la Capelette et la question du centre des transferts : « La perspective du déplacement de ce centre de transfert apparaît largement illusoire », écrivait-elle ainsi. Quant à l’encapsulement, il est évoqué dans sa réponse à la chambre par le président de la communauté urbaine de l’époque, Eugène Caselli (PS), mais avec des conséquences financières importantes.

100 millions d’euros pour une capsule

Trois ans plus tard, la situation n’a guère changé : « Nous avons longtemps pensé que le centre de traitement pouvait déménager. Cela ne semble pas possible, conclut Gérard Chenoz. Nous réfléchissons à la possibilité de l’encapsuler. Ainsi il pourrait être réduit de moitié. Avec la métropole, nous allons lancer des études pour cela. Il s’agit au bas mot d’un projet à 100 millions d’euros. »

Mazette ! À l’heure où la métropole peine à financer les investissements de chacun de ses territoires, on voit mal comment le président Gaudin pourrait faire passer une pilule aussi dorée pour un centre de transfert des déchets, fut-il à la porte d’une zone d’aménagement concerté. « Il existe des moyens de le faire pour bien moins cher », affirme pour sa part Lionel Royer-Perreaut en aparté.

De nouvelles de Bleu Capelette

De l’autre côté de cette rue, se trouve l’exemple le plus criant de l’état d’abandon de la Capelette. Il jouxte le palais omnisport Marseille Grand Est sous la forme d’un gigantesque trou où poussent les herbes folles. C’est là, en bordure de ZAC et non en son sein, que devait sortir de terre le centre commercial Bleu Capelette, porté par les investisseurs Sifer et Icade.

Le trou où doit s'implanter Bleu Capelette. Dans l'immeuble du fond, des riverains ont affiché leur soutien au projet.
Le trou où doit s’implanter Bleu Capelette. Dans l’immeuble du fond, des riverains ont affiché leur soutien au projet.

Or, depuis cet automne, la Ville a souhaité que les deux promoteurs revoient leur copie et mettent fin au projet de centre commercial, au nom du soutien aux commerçants du centre-ville notamment. « Ce qui semblait être un beau projet commercial en 2004, devant contribuer à structurer le quartier et développer son attractivité semble plus hypothétique aujourd’hui », écrit la Soleam, renvoyant le propriétaire à ses responsabilités. Son président Gérard Chenoz y allait plus directement dans les colonnes de La Provence en novembre : « Les centres commerciaux en périphérie, ça suffit. Désormais, il faut booster le centre-ville. » 

« Nous attendons la notification du soutien de la Ville »

L’intéressé réfute aujourd’hui la décision municipale de retrait de son soutien au centre et réaffirme son soutien « à la réussite de ce projet même si à ce jour aucun nouveau permis n’a été déposé ». Pourtant la volte-face municipale est confirmée par de multiples sources notamment du fait de la concurrence directe du centre commercial du Vélodrome. Lionel Royer-Perreaut lui-même insiste pour dire son soutien à Éric Lasery, promoteur marseillais du projet : « Tous les feux sont au vert ».

Jusque-là silencieux, le patron de Sifer confirme le changement de stratégie qui consiste à diminuer les surfaces commerciales au profit d’activités culturelles et de loisirs. « La Ville a souhaité un projet alternatif et nous travaillons dessus, affirme-t-il. Nous devons concilier nos impératifs économiques avec la volonté de construire un projet autour de la culture, des loisirs, avec peut-être un pôle médical. Notre nouveau projet sera sans doute présenté à la rentrée mais nous attendons que la Ville nous notifie publiquement son soutien, ce qui n’a pas été le cas jusque-là. » 

Le promoteur peut donc espérer une nouvelle conférence de presse à la rentrée avec, à ses côtés, tous les élus municipaux concernés, tous ravis de voir Bleu Capelette relancé. Juré, craché.

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