Municipales anticipées de Rognac : le RN rêve de victoire et la sortante veut en découdre

Reportage
le 12 Nov 2024
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À Rognac, après une crise politique majeure, des élections municipales anticipées vont se tenir les 17 et 24 novembre prochains. La maire sortante, Sylvie Miceli-Houdais (UDI), doit défendre son siège face à certains de ses anciens colistiers. Le Rassemblement national espère quant à lui en profiter pour transformer ses bons scores aux derniers scrutins en une victoire municipale.

Municipales anticipées de Rognac : le RN rêve de victoire et la sortante veut en découdre
Municipales anticipées de Rognac : le RN rêve de victoire et la sortante veut en découdre

Municipales anticipées de Rognac : le RN rêve de victoire et la sortante veut en découdre

“C’est pour renverser Sylvie Miceli”, scande un militant du Rassemblement national en distribuant un tract aux couleurs du parti d’extrême droite à l’entrée du marché de Rognac, ce mercredi 6 novembre. La commune de 12 500 habitants est en pleine campagne électorale, avec la tenue d’élections municipales anticipées le 17 et 24 novembre prochain. Cet été, la maire Sylvie Miceli-Houdais (UDI) a connu une série de démissions dans sa majorité, provoquant la chute de son conseil municipal et la tenue d’un nouveau scrutin. Ce désaveu a fait suite aux révélations de Marsactu sur l’utilisation de la carte d’achat municipale au nom de la maire et des difficultés chroniques dans la gestion du personnel. Le procureur d’Aix-en-Provence a ouvert une enquête après avoir été saisi de ces deux dossiers.

Sylvie Miceli-Houdais devient maire en octobre 2020, lorsque son prédécesseur, Stéphane Le Rudulier (Les Républicains), décroche un fauteuil de sénateur. Il est alors maire de Rognac depuis 2016 ; et réélu, en 2020, avec plus de 90 % des suffrages. Peu de chance de voir un scénario similaire cette fois. Pour le scrutin de cette fin 2024, quatre listes, en plus de celle de l’édile actuel qui brigue un nouveau mandat, ont été enregistrées en préfecture pour ces municipales anticipées. “Ça montre qu’il y a une volonté de changement. Ça fait 210 personnes qui veulent s’investir pour l’avenir de la commune”, analyse, attablé à un camion à pizza, un jeune Rognacais. Mais tous les habitants ne partagent pas le même enthousiasme. “Est-ce que ça va changer quelque chose ? Après tout ce qu’on a lu dans la presse”, souffle un vieil homme, avant de mettre les différents tracts qui lui ont été distribués dans sa charrette, entre les poireaux et les pièces du boucher.

“La bataille des ex”

Parmi les cinq listes en compétition, deux d’entre elles se décrivent comme apolitiques. Willy Nicollet, ancien adjoint à la sécurité de Sylvie Miceli-Houdais, a démissionné de son mandat en juillet 2023. Il se présente aujourd’hui sur son nom, après avoir été élu en 2020 sur la liste de Stéphane Le Rudelier. “Ce qui m’a motivé, c’est tout ce qui s’est passé. Rognac a besoin de quelque chose de différent. Ça devenait une obligation de faire quelque chose, détaille le candidat, fonctionnaire de police de métier. On cherche à redorer le blason de notre commune.” L’autre candidature sans étiquette est celle de Maël Vala-Viaux. S’il est absent lors du tractage au marché, ce mercredi 6 novembre, un de ses colistiers, Stéphane Duchesne, parle pour lui. Et définit la ligne de mire de leur liste : “On veut remettre le citoyen au cœur de la ville.”

Les Rognacais ont aussi le choix parmi des listes soutenues par les partis politiques traditionnels. Comme celle de Noré Boudissa, qui affiche les logos de La France insoumise, du Parti socialiste et des Écologistes. Il était le seul conseiller municipal d’opposition élu lors des municipales, il y a quatre ans. Il retente donc sa chance en espérant, cette fois-ci, transformer l’essai. “Nous, on était là en 2020 et on avait averti la population du danger de la liste Miceli. On a l’impression qu’on a été visionnaires, le temps nous a donné raison”, observe Noré Boudissa. Il ajoute : “Je veux dire aux habitants de Rognac : ne vous trompez pas, ce sont les mêmes gens, mais habillés autrement.”

Christophe Gonzalez, candidat RN aux municipales de Rognac, sur le marché devant la mairie. (Photo : ML)

Une dizaine d’anciens colistiers de Stéphane Le Rudelier en 2020, adjoints démissionnaires de Sylvie Miceli-Houdais, repartent en lice. Ils se répartissent sur les différentes listes de Willy Nicollet, Maël Vala-Viaux, voire du Rassemblement national. Le parti d’extrême droite s’implique fortement dans ce scrutin, avec le soutien important du patron local Franck Allisio et l’appui technique non négligeable de la fédération pour la campagne. Lors des législatives de cet été, Romain Tonussi, le candidat RN, était arrivé en tête dans la commune. Le parti à la flamme ne souhaite pas laisser passer cette occasion. Et espère remporter une mairie de manière anticipée, avant le grand affrontement des municipales 2026 sur l’ensemble du territoire.

Terrain fertile

Christophe Gonzalez, qui indique être adhérent au RN depuis un an et dont c’est le premier engagement politique, a été choisi pour mener la liste. “Il y a quelque temps, lors d’un rendez-vous informel, j’ai approché Franck Allisio pour lui dire que s’il y avait une liste RN à Rognac, j’étais prêt à m’engager”, raconte le candidat. Il admet être en position de force au vu des derniers résultats du parti sur le territoire. Mais, il se défend : “Je ne suis pas allé chercher le RN en regardant un chiffre, mais on sait très bien qu’il y a un terrain fertile.” Sur le fond de sa candidature, il reprend les thématiques habituelles de l’extrême droite et les applique à Rognac : “Je ne veux pas qu’on retrouve des voitures brûlées, des groupes de narcotrafiquants qui prennent en otage la ville.”

Sylvie Miceli-Houdais (UDI), maire sortante de Rognac. (Photo : ML)

“Je suis flattée de voir Franck Allisio derrière la porte de la mairie de Rognac”, ironise à ce sujet la maire sortante Sylvie Miceli-Houdais (UDI). Elle donne rendez-vous à Marsactu dans son bureau en mairie, à quelques pas des étals autour desquels tractent ses adversaires politiques. “Vous ne me verrez pas au marché”, indique-t-elle, en justifiant : “Je reste maire jusqu’au bout. Moi, je prépare l’avenir.” Juste avant de nous recevoir, elle vient de valider les derniers éléments pour l’organisation des fêtes de fin d’année à Rognac, “ce qui intéresse vraiment les habitants”, selon elle. Elle se prête toutefois volontiers au jeu de la candidate et accepte de commenter le ménage qui se joue juste sous ses fenêtres.

“calife à la place du calife”

L’élue reconnaît une campagne qui se joue majoritairement sur un rejet de son nom : “Je suis la meilleure rampe de lancement”, dit-elle non sans ironie. Mais elle regrette de voir ce scrutin se transformer en une “bataille de ses ex”. Comprendre ses anciens colistiers de 2020 : “Il faudrait peut-être arrêter de vouloir être calife à la place du calife.” Ces municipales représentent pour elle une opportunité de gagner en légitimité et de se faire élire en son nom cette fois-ci, après avoir hérité du siège : “Je ne le vois pas comme un échec, mais une manière de choisir mon équipe.” Ainsi, le sénateur et ancien maire Stéphane Le Rudulier, dont elle était pourtant très proche, ne figurera pas sur sa liste. “Ses ambitions sont clairement au niveau national maintenant. Puis, c’est peut-être mieux ainsi, avoir un parlementaire comme conseiller municipal, ce n’est pas facile à gérer”, commente l’édile.

Et les affaires politiques et judiciaires dans lesquelles son nom est cité ? Sylvie Miceli-Houdais les balaie. Les dépenses avec la carte d’achat de la maire de Rognac ? “C’est 0,1 % des dépenses annuelles de la commune qui sont agitées comme un étendard”, estime la maire. Les difficultés chroniques dont se plaignent les agents de la Ville en termes de ressources humaines ? Un cas isolé pour l’édile, qui avance en réponse : “Je n’ai pas une seule grève à mon actif.” Pour les détails, elle précise qu’elle se justifiera devant la justice. “J’aimerais pouvoir, le 17 ou le 24 novembre, signer la fin de la partie, qu’on reprenne le cours des choses. Plus tard, on se dira « tout ça pour ça ! »”, lance Sylvie Miceli-Houdais. Mais en attendant, son avenir politique et celui de Rognac se jouent dans les urnes dès ce samedi.

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Commentaires

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  1. Patafanari Patafanari

    VouzavéfélejeuduFrontNational

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    • jacques jacques

      Si j’ai bien compris, mieux vaut un maire de droite bien pourri qu’un maire RN?
      En somme le Rognacais se sont mis à devoir choisir entre la peste et le choléra. Ça donne envie!

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  2. MarsKaa MarsKaa

    Elle semble à l’aise dans ses escarpins, pas le moins du monde affaiblie par les révélations sur sa gestion de l’argent de la commune et du personnel municipal. Qu’est ce qui lui permet une telle assurance ? La division de ses adversaires ? L’apathie des habitants de Rognac ?

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  3. ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

    « Ils se répartissent sur les différentes listes de Willy Nicollet, Maël Vala-Viaux, voire du Rassemblement national. »
    Rhooooo des élus de droite qui rejoignent le RN ! Ça alors !

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  4. julijo julijo

    miceli-houdais, toujours UDI ??? donc macroniste.
    les autres candidats font envie également !
    c’est sans doute aucun, le candidat de la gauche, noré boudissa, qui fait la meilleure réflexion : “ne vous trompez pas, ce sont les mêmes gens, mais habillés autrement.”

    mais les électeurs s’en fichent un peu a priori ; tellement d’élus condamnés ont été largement re-élus, ce ne serait pas forcément une surprise.
    on va espérer un sursaut ! sans y croire trop.

    d’une façon générale (voire internationale !) je ne suis plus surpris de voir des électeurs voter contre leurs propres intérêts, individuels, ou collectifs !
    est-ce de l’apathie ? de l’amnésie collective, ou un rejet total ?

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  5. Dark Vador Dark Vador

    On a le bel exemple de l’élection de Trump! Les ouvriers-employés, les pauvres, ont votés pour un milliardaire qui a enrichi éhontément les déjà-riches… Vas comprendre Charles, moi je renonce… 😪😪😪

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  6. jbbron jbbron

    pas de nouvelles infos?

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