QUE DEVIENT L’ÉLECTION MUNICIPALE À MARSEILLE ?
De candidatures en abandons, de regroupements en séparations, de menuets en quadrilles, l’élection municipale de 2026, à Marseille, donne un peu le vertige. Cela pourra donner l’idée d’une jolie composition musicale assortie d’une danse en beaux costumes, dans une sorte de carnaval. Mais il n’est pas sûr que cette danse soit une danse de fête.
Les orientations en présence
Au commencement, comme lors de toutes les élections, l’élection municipale de Marseille, cette année, opposait la gauche et la droite, même si l’une et l’autre offraient de petites variations. Entre la droite de Franck Allisio et celle de Martine Vassal, il y avait, certes, des différences, mais elles présentaient un très grand fonds commun d’idéologie et de culture politique : la recherche de l’autorité à tout prix, le libéralisme dans le domaine de l’économie, un véritable conservatisme urbain. Entre la gauche de Benoît Payan et celle de Sébastien Delogu, il y avait beaucoup d’idées partagées, la solidarité, la recherche de l’égalité, une politique urbaine tournée vers le renouvellement et l’égalité entre les quartiers.. Bref, nous étions en terrain connu, nous retrouvions notre confrontation classique entre la gauche et la droite. Mais, au fur et à mesure que se tenaient les discours, que s’élaboraient les projets et les programmes, que les candidatures prenaient forme et, surtout, s’incarnaient dans des personnes, il y a eu tout de même des mutations, des différenciations. C’est ainsi que la gauche a vu s’opposer deux orientations. La première demeurait celle des engagements du Printemps marseillais, qui avait permis le retour de la gauche au pouvoir en 2020. L’autre, celle des Insoumis, fondés par Jean-Luc Mélenchon, représentée, à Marseille, par S. Delogu, entendait proposer un projet plus radical que l’autre. Ce projet voulait tenter à Marseille, l’expérience réelle d’une critique des pouvoirs de gauche et rechercher une politique de la ville plus solidaire et plus novatrice, en particulier dans le domaine de l’urbanisme et du logement. Une distinction aussi importante séparait la droite de l’extrême droite. Quand les projets destinés à la politique de la future municipalité ont été élaborés, il était clair que M. Vassal entendait incarner à Marseille la droite classique, celle des entreprises et du patronat, celle de l’économie libérale, qui, dans la ville, était l’héritière de la politique de J.-G. Gaudin. De l’autre côté de la droite, celui du R.N., F. Allisio proposait une politique autoritaire et conservatrice à la fois sur le plan des modes de vie et sur le plan économique. La droite du R.N. et de F. Allisio était aussi marquée, à Marseille, par le rejet de l’immigration et par un conservatisme moral classique dans le discours de l’extrême droite.
L’incidence du premier tour sur les orientations politiques
Les choses ont commencé à changer après le premier tour. D’un côté, l’échec de Martine Vassal a bien signifié que les électrices et les électeurs de droite, à Marseille, faisaient le choix d’une politique plutôt représentée par Frank Allisio et le Rassemblement national. Mais il faut aller plus loin : c’est l’ensemble des idées libérales qui a fait l’objet, sinon d’un véritable rejet, en tout cas d’une remise en question. C’est ainsi que les idées des partis proches d’E. Macron, même avec des variantes, n’ont jamais vraiment eu d’audience à Marseille. La droite, à Marseille, est ce que l’on peut appeler une droite dure, décidée à se fonder sur les choix qui sont ceux de l’extrême droite même si elle n’adhère pas toujours aux partis qui l’incarnent. Or c’est cette droite dure qui a gagné les voix de droite au premier tour. De l’autre côté, c’est la gauche socio-démocrate de Benoît Payan qui a recueilli la plus grande partie des voix de gauche, la candidature de Sébastien Delogu et de ses listes ayant du mal à atteindre les 15 % des suffrages exprimés. C’est ainsi que le second tour s’annonçait de plus en plus comme une confrontation entre la gauche et l’extrême droite. Le désistement de S. Delogu, que personne n’attendait, a manifesté un choix de la gauche de se réunir autour d’une seule candidature. On peut, de ce fait, se demander pourquoi ce regroupement ne s’est pas avant – et, en particulier, on peut critiquer la tendance somme toute autoritaire de B. Payan dans son refus de la fusion de ses listes avec celles de S. Delogu. L’issue du premier tour fait apparaître une sorte de confrontation binaire opposant la gauche social-démocrate et l’extrême droite.
Que signifient ces variations et ces mutations ?
On peut comprendre de deux façons ces changements dans les candidats et dans les projets en présence dimanche prochain. La première explique le retrait de S. Delogu par l’expression d’une certaine conception de la responsabilité. Selon ses propres mots, il se retire, au bout du compte, pour qu’il soit sûr que la ville ne tombe pas sous le pouvoir de l’extrême droite. Mais alors, pouvons-nous nous demander, pourquoi ne pas avoir fait ce choix quand nous en étions encore au stade de la constitution des listes ? On peut aussi se demander pourquoi M. Vassal a, elle aussi, eu un moment d’hésitation avant de choisir, finalement, de poser sa candidature. Mais je pense qu’il y a une explication à ces deux mutations. À gauche, le retrait de S. Delogu est une façon d’affirmer sa fidélité à la gauche. Pour lui et pour ses listes, l’essentiel est d’avoir toujours une politique de gauche, c’est-à-dire une politique décidée et sûre de son efficacité dans la lutte contre l’extrême droite et contre les inégalités et la violence d’un pouvoir répressif et autoritaire. Mais à droite, nous ne sommes pas devant les mêmes conceptions de la politique. M. Vassal ne se bat pas pour des idées mais pour le pouvoir. C’est pourquoi elle maintient sa candidature, même si elle peut favoriser la victoire de celui qui est son principal adversaire. Au-delà, sans doute s’agit-il, pour elle, de réagir aux critiques qu’avait entraînées son usage des mots de Pétain, et de chercher, finalement, une sorte de respectabilité. Mais c’est trop tard : les mots ont été dits, et M. Vassal se retrouve adhérer aux mots du R.N. C’est, ainsi, toute la droite qui se rassemble derrière les mêmes idées et les mêmes projets, fondant son discours sur une conception commune de la politique, celle du conservatisme et de la réaction. Au bout du compte, ces mésaventures des candidatures auront eu un très grand intérêt : elles auront fait apparaître les orientations réelles, fondamentales, des partis et des personnalités qui les expriment. Finalement, les choses sont simples, à Marseille comme sans doute ailleurs : la gauche et la droite sont toujours les mêmes et recherchent toujours les mêmes buts. D’un côté, l’horizon de la justice, de l’égalité et de la liberté, et, de l’autre, la répression, l’obsession pour le pouvoir et des conceptions autoritaires de l’État et des institutions. Ce sont deux Marseille qui se trouvent en face l’une de l’autre. Ce ne sont pas seulement entre des listes et entre des candidats qu’il nous faudra choisir, dimanche : c’est entre des conceptions de la cité et de la citoyenneté. Tout devient simple.
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