LES AILES DU GABIAN

À MARSEILLE, UN PAYSAGE POLITIQUE EN VOIE DE RECOMPOSITION

Billet de blog
le 16 Mar 2026
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Cette fois, le premier tour des élections municipales a bien eu lieu. Et les résultats nous montrent un paysage politique qui ne ressemble pas vraiment à ce qu’il était auparavant. Pour lire les termes de ce résultat, sans doute faut-il laisser de côté les idées que nous avions auparavant.

Marseille n’est pas allée voter en masse

On compte environ 52 % de participation électorale. On a, certes, connu pire, mais, tout de même, les marseillaises et les marseillais ne se sont pas mobilisés pour une élection dont l’enjeu des résultats est quand même grave. Cette absence de motivation peut tenir à plusieurs faits. D’abord, la gauche semble de nouveau revenue à ses vieux démons : en se croyant invincible, la gauche « classique », celle du P.S. et du P.C. F., même si B. Payan ne se réclame d’aucun parti, n’est pas parvenue à une union qui aurait poussé ses électeurs à être nombreux à s’engager. Ensuite, on peut dire que la droite des Républicains, représentée par M. Vassal, a perdu, alors qu’elle s’était donné l’illusion d’être forte ; en réalité, les petits mots pétainistes de la candidate ont poussé les électrices et les électeurs à préférer l’original à la copie, ou les ont dissuadés d’aller voter. Enfin, cette faible participation peut signifier que les électrices et les électeurs n’ont pas pleinement adhéré à cette recomposition du paysage électoral.

 

Une gauche qui semble brisée

Les listes de Benoît Payan arrivent en tête du scrutin. L’union de la gauche classique, celle à laquelle nous étions habitués, semble dominer le paysage en battant les Insoumis. Mais cette gauche est, en réalité, une gauche brisée,  et, ainsi, fragile. En refusant la proposition d’alliance pour le second tour que lui a faite S. Delogu, B. Payan savoure ce qu’il peut croire son triomphe, mais c’est, en réalité, l’illusion d’un triomphe. Certes, beaucoup d’électeurs qui, en d’autres temps, auraient voté pour les Insoumis se sont tournés vers ses listes pour éviter la victoire de l’extrême droite, mais, en réalité, B. Payan et ses listes ne dominent F. Allisio et les siennes que de deux points : ce n’est pas une véritable victoire, et, dans la perspective du second tour, cette victoire n’en est pas une solide. La gauche semble brisée. Nous sommes en mars, certes, mais ne nous trompons pas : il ne s’agit pas d’un véritable printemps pour la gauche marseillaise, car le maire sortant semble avoir fermé la porte à une union véritable. Or tout le monde le sait : la gauche ne peut remporter une élection – quelle qu’elle soit – que si elle est unie. En semblant refuser l’union, B. Payan met fin à l’espoir d’une union qui avait pu monter en raison de la situation politique en France, et, surtout en raison de la menace de l’extrême droite. La gauche semble brisée car on a l’impression qu’elle revient à ses vieux démons, ceux qui mettent les partis et les personnes à la place des projets et des idées.

 

Une droite remplacée par son extrême

M. Vassal a perdu. En recueillant environ 12 % des voix, la candidate de la droite a perdu ce qui était peut-être un pari et la droite libérale s’est inclinée devant l’autre droite, celle du R.N. représentée par F. Allisio et par ses listes. L’échec semble tel pour les Républicains qu’aucune déclaration n’a été faite le soir du premier tour, ce qui est étrange, car, d’habitude, même les perdants font des déclarations après les scrutins. La droite semble désormais ne trouver pour s’exprimer que le silence. Cela en dit long sur l’importance et le rôle des mots pour M. Vassal et pour ses soutiens. En revanche, ce que signifient les résultats de ce premier tour, c’est qu’à Marseille, la droite s’est déplacée vers sa droite. Dans notre ville, la droite, en réalité, c’est l’extrême droite. On a envie de dire, même si c’est difficile à écrire que le R.N. a gagné son pari à lui. Nous nous retrouvons un peu comme en 2002, quand, pour la première fois, Jean-Marie Le Pen qui était arrivé en second, battant L. Jospin. Marseille ne fait, en réalité, que refléter le paysage politique de notre pays, où la droite s’est tellement « droitisée » qu’elle finit par se confondre avec le R.N. Quant aux candidats qui se réclamaient de leur soutien à E. Macron, il sont largement battus. « Marseille en grand » n’a pas eu les résultats que le président de la République attendait peut-être : Marseille ne veut pas d’un projet dit libéral dans le domaine économique et social. Le succès de F. Allisio, qui arrive en second, mais, surtout, qui talonne B. Payan, signifie bien que la ville, à Marseille, n’est pas un espace séduit par les petites musiques du libéralisme. À cela sans doute faut-il ajouter le bilan fait par la ville de l’action de la métropole dirigée par M. Vassal, et ce bilan, tant en matière de transports qu’en matière de voirie, n’est pas bien fameux, cela a été dit un grand nombre de fois – ici, dans « Marsactu », et ailleurs.

 

L’opposition marseillaise entre la gauche et la droite

La véritable signification du résultat de ce premier est là : notre ville retrouve des logiques politiques franches, simples, sans ces petits déguisements ou ces petites initiatives qui peuvent déformer la réalité des engagements et des choix. Deux forces politiques vont s’opposer au second tour : la gauche et la droite. Comme toujours, en France et ailleurs, comme aux États-Unis par exemple. Le pari des Insoumis avait été de forcer la gauche à tenir un discours plus ferme – ne serait-ce que par rapport aux projets d’E. Macron. Mais, ici, c’est tout de même la gauche « classique » qui a vaincu la France insoumise, comme si Marseille revenait au choix d’un pouvoir dominé par la gauche social-démocrate, comme du temps de G. Defferre ou de R. Vigouroux qui ont dirigé la ville pendant si longtemps. C’est aussi, par exemple, le sens de la difficulté des écologistes à réellement percer et se faire entendre à Marseille. B. Payan va peut-être, pour le second tour, renforcer un peu son discours en lui donnant une tonalité plus orientée vers une gauche véritable. Mais, en même temps, peut-être son refus d’une alliance avec S. Delogu et les Insoumis signifie-t-il qu’il entend tout de même essayer de trouver des voix dans le monde de la droite déçue par les résultats des Républicains et des macronistes. Pour échapper à la menace de l’extrême droite, il pourrait être ainsi tenté de tenir un discours plus ambigu que celui qu’il tenait avant le premier tour. Mais, d’un strict point de vue de gauche, ce serait une erreur. Il faut cesser de se faire dicter ses choix politiques par l’emprise de l’extrême droite et de sa menace. À ce jeu-là, la gauche risque de perdre, et, pour le coup, de donner la ville au R.N., qui est désormais le parti dominant à droite, celui qui donne sa voix à la droite de Marseille. L’opposition marseillaise entre la gauche et la droite a toujours été celle d’une opposition entre une droite extrême, autoritaire et conservatrice, celle de J.-C. Gaudin qui avait, d’ailleurs, une parole dite de cette voix, et, aujourd’hui, il s’agit de celle de F. Allisio, et une gauche d’orientation plutôt social-démocrate, qui est, de nos jours, celle de B. Payan. D’une certaine manière, dimanche prochain, le choix sera simple.

 

Une incertitude quant au second tour

Devant de tels résultats, ce qui frappe, au sujet du second tour, c’est l’incertitude. On ne sait rien de ce qui se passera dimanche prochain, et il n’est même pas sûr que cette incertitude soit de nature à mobiliser celles et ceux qui ne sont pas allés voter hier. Ce caractère imprévisible du second tour devrait pousser les partis qui se confronteront les uns aux autres à formuler de véritables choix, car l’absence d’orientation claire, au lieu de motiver les électrices et les électeurs risque, au contraire, de les détourner des décisions et des engagements clairs. Au-delà, elle peut même expliquer le faible engagement des citoyennes et des citoyens qui, au contraire, sont, sans doute, à la recherche d’identités nettes. Pour se faire reconnaître comme de véritables acteurs politiques en mesure d’exercer le pouvoir qui leur est confié par les électrices et les électeurs, les candidates et les candidats doivent tenir un discours politique clair, sans ambiguïté. Ils ont une semaine pour clarifier leur propos et leurs orientations.

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