LES AILES DU GABIAN (4)
Cette fois, c’est dimanche que cela se passe. Le gabian n’est pas mécontent d’en finir avec cette campagne électorale épuisante pour les oiseaux de son espèce. Alors, il vous propose ces derniers mots, avant, un peu après, de compter les voix et de parler des résultats.
Le R.N. est-il si fort que cela ? Mais, alors, pourquoi ?
Nous avons évoqué la « menace R.N. ». mais est-il si fort que cela, à Marseille ? D’abord, il faut remonter à l’histoire. Si l’extrême droite a un poids à Marseille, c’est à la fois en raison de la situation politique présente et en raison du rôle de l’histoire et de la mémoire. L’extrême droite a pu jouer un rôle important ici à deux époques. La première est celle des années trente avec, notamment, S. Sabiani. C’était une époque où l’extrême droite était forte en France, mais aussi dans d’autres pays comme l’Allemagne et l’Italie. Cela tenait à la fois au rôle de la guerre de 1914-1918 dans le discours et la propagande, mais aussi dans l’imaginaire politique de l’extrême droite. Toutefois, l’extrême droite était forte aussi en France, notamment à Marseille, parce que notre pays était dans une situation de crise et d’inquiétude sur le plan économique comme sur le plan politique et culturel, car les plaies de la guerre de 1914-1918 n’étaient pas refermées, et, à Marseille, la rhétorique de l’extrême droite et la fragilité naissante de l’économie de la ville avaient profité de ces incertitudes pour s’imposer dans la ville comme dans la région. Quant à notre présent, le rôle de l’extrême droite a été important à Marseille notamment depuis le début des années 80, pour plusieurs raisons. D’abord, cela tient à l’incertitude de la gauche et de son projet. Sans doute cette fragilité de la gauche a-t-elle laissé l’extrême droite occuper une place qui n’aurait pas dû lui revenir. Cela n’est pas seulement vrai ici, mais sans doute dans les autres villes françaises. Ensuite, il ne faut pas négliger la place de G. Defferre et de l’appareil politique socialiste dans l’affaiblissement de la gauche : la gauche a certes changé (et, encore, sans doute pas autant qu’on pourrait le souhaiter), mais son inconscient politique porte toujours la figure de Defferre dans le temps long – si important dans la culture politique. Or le principal adversaire de G. Defferre était le Parti communiste, et il cherchait à la soumettre par tous les moyens, y compris en divisant la droite grâce à une force persistante de l’extrême droite. Enfin, sans doute le poids du R.N. est-il tout de même surévalué dans le discours par rapport à ce qu’il est dans la réalité. Le R.N. a, certes, su quadriller la ville de ses militants en tenant un discours populiste qui peut séduire une ville en crise et confrontée à l’affaiblissement du discours de la gauche, mais il est encore temps de tenir tête à l’extrême droite au lieu d’en faire une menace.
De quoi pourrait bien se nourrir la force de la gauche ?
De quoi est faite la force de la gauche, ici, à Marseille ? En quoi pourraient consister son discours et son projet ? C’est un peu tard pour poser la question, mais nous pouvons tout de même réfléchir à la place de la gauche dans la politique de la ville à Marseille – et cela pour aujourd’hui, mais aussi pour demain. Trois termes me semblent essentiels, mais me semblent aussi avoir été oubliés par des gabians de gauche. Le premier, c’est la solidarité : une ville solidaire, c’est une ville que ne se contente pas de loger ses habitants, mais qui met en œuvre une véritable politique de l’emploi. On doit penser aussi à une politique municipale plus audacieuse dans le domaine de la santé publique. Le deuxième, c’est une politique culturelle renouvelée, et ouverte à tous. Les inégalités n’ont pas été effacées dans le domaine des politiques culturelles, tant entre les habitantes et les habitants qu’entre les quartiers. Or la culture est devenue une véritable urgence dans les villes comme Marseille. Enfin, le gabian a envie de proposer un urbanisme capable d’offrir à ses habitants une ville belle dans laquelle on puisse avoir envie de vivre et de se déplacer. Mais cet urbanisme doit être aussi une des armes contre la violence.Si la politique marseillaise connaît des urgences, la première d’entre elles, c’est l’aggravation de la violence dans l’espace de la ville. Même si cette urgence est largement aggravée par les discours politiques, notamment par ceux d’extrême droite, et par les médias populistes, pour faire peur, nous ne devons pas nous voiler les yeux : la violence existe bien à Marseille, mais cela dure depuis les années trente et explique la montée de partis d’extrême droite dès ces années-là. Si la violence s’est encore manifestée aujourd’hui par deux assassinats dans la même famille, il est urgent de concevoir une politique de la ville contre la violence et de la mettre en œuvre, mais cette politique ne doit, d’abord, surtout pas être fondée sur de la répression comme celle qui est prônée par la droite. Une politique de gauche contre la violence se fonde sur l’aménagement urbain et les conditions du logement, sur le développement d’une véritable vie associative et sur le rejet de toute complicité avec le trafic de stupéfiants et de toute complaisance vis-à-vis de lui. Sans doute, à Marseille comme, je crois, de plus en plus partout dans le monde, cette politique est-elle devenue urgente. Enfin, la gauche doit savoir imaginer ce que pourraient et devraient être les mots de la ville, pour qu’habiter la ville consiste aussi à y parler à s’y parler, mais aussi pour que la ville et la vie urbaine retrouvent le sens qu’elles ont perdu.
Que signifie la division entre le Printemps et les Insoumis ?
Peut-être est-ce une question urgente en temps d’élection. C’est aussi la grande question que nous devons nous poser – même si l’on n’est pas de gauche. D’abord, cette division est liée à l’usure de la gauche classique, celle du Printemps, qui, à bien voir, n’a pas su renouveler son discours et ses pratiques politiques et institutionnelles. La division entre le Printemps et les Insoumis peut tenir au refus des Insoumis, parti qui, à Marseille, peut être ouvert à de nouveaux discours et à de nouvelles formes de militance, au lieu de se confondre avec les logiques anciennes de pouvoir encore vivantes à Marseille. Mais, d’autre part, cette politique des Insoumis peut faire courir à la gauche le risque de s’affaiblir en se divisant. Sans doute serait-il plus fructueux, pour les uns et pour les autres, de se féconder mutuellement par leurs différences au lieu de faire d’elles des remparts séparant sans protéger. Enfin, cette division, qui est une catastrophe sur le plan électoral, a une autre signification : celle d’un rapport mal conçu au pouvoir municipal. Cette question du pouvoir sur la ville, de ses formes et des institutions, est une question urgente à débattre à Marseille, car elle compte pour beaucoup dans le déclin de la ville et dans les menaces qui pèsent sur son avenir. Sans doute faut-il, désormais, rendre le pouvoir au gabian, pour qu’il pilote la ville.
Vous avez un compte ?
Mot de passe oublié ?Ajouter un compte Facebook ?
Nouveau sur Marsactu ?
S'inscrire
Commentaires
0 commentaire(s)
Rejoignez-la communauté Marsactu pour, vous aussi, contribuer au débat local. Découvrez nos offres
ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.