Casting sauvage et candidature spontanée, les petites mains racontent l’entrée dans le deal
Adolescents du quartier ou d'autres métropoles, travailleurs précaires ou sans-papiers exploités, tous ont déjà été approchés par les réseaux marseillais. Dans ce nouvel épisode de l'Emprise, notre série consacrée à la mainmise des réseaux, enquête aux côtés des forçats du deal.
"Chef des guetteurs". Ce n'est pas un grade officiel dans la hiérarchie du trafic, mais c'est celui que Bassem* a choisi. "Quand on est intelligent, on peut se faire des sous." Intelligent, posé, organisé, il l'est sans aucun doute. Sinon, on aurait mis quelqu'un d'autre à sa place. Bassem a 16 ans. Il a passé les cinq dernières années de sa vie à "charbonner", dans plus ou moins tous les coins de son 14e arrondissement natal. Son collègue, Tonio*, dont les joues rougissent dans le froid, est lui aussi "très jeune en âge". Il ne veut pas préciser, mais soutient qu'il est mineur. On n'en doutait pas.
Voilà l'équipe chargée d'ouvrir ce matin-là le petit point de deal de la cité des Marronniers. Ce n'est pas le plus célèbre de la ville, ce n'est pas le plus lucratif, mais on y emploie, comme partout dans Marseille, des petites mains sans qui le trafic ne tiendrait pas. Ce sont elles qui guettent l'arrivée des voitures suspectes, accompagnent les clients, récupèrent leurs billets. Leurs rangs rassemblent surtout des jeunes hommes de la région, rejoints depuis quelques années par des précaires débarqués de la France entière, des sans-papiers, et parfois même quelques femmes. Aux "Marros", on porte le deuil de Rayanne, 14 ans, tué en 2021 et on se rappelle de Sarah, 17 ans, qui a reçu une balle dans la jambe en 2023. Les familles ont déménagé. Aujourd'hui, un Maghrébin guette le matin, un Nigérian guette la nuit. Sous supervision de Bassem et Tonio, plus ou moins.
"Je sais que je vais pas faire ça toute ma vie, mais pour le moment, voilà..."
Bassem, 16 ans.
"Chef des guetteurs, ça existe pas, on va plutôt dire que vu qu'on connaît bien le coin, on fait un peu tout", poursuit Tonio. "C'est ouvert ici ?", lance un client d'une cinquantaine d'années, petite doudoune matelassée, perché sur une moto, sans même un bonjour. Bassem crie : "Dans dix minutes !" À côté, son collègue s'affaire à monter un barrage : un bout de canapé à droite, une banquette déchirée à gauche, des détritus au milieu et un miroir brisé. Il est midi. Une petite citadine arrive, à son volant une jeune femme, qui jette un sac poubelle rempli de marchandises. Le sac est récupéré, puis caché. Bouteille d'Oasis dans une main, pétard dans l'autre, Bassem sourit : "Je sais que je vais pas faire ça toute ma vie, mais pour le moment, voilà..."
L'adolescent accepte de se confier sur sa vie. L'enfance dans une copropriété dégradée du quartier, une famille nombreuse, sa mère qui est fatalement au courant de ses activités illicites "vu que je suis passé plusieurs fois au tribunal. Mais jamais en prison". Pour le futur, il pense se raccrocher à une formation. Il a d'ailleurs rendez-vous dans une heure à la mission locale. Mais il doit d'abord ouvrir le point de deal. "Ma dernière garde à vue, pendant 48 heures, c'était resté fermé ici !" Difficile de décrocher lorsqu'on pense avoir acquis des responsabilités. C'est une sorte d'emprise douce mais réelle que les professionnels connaissent bien. "Quand les jeunes sont félicités par . . .
Bravo pour ce reportage et pour cette série !
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Je ne comprends toujours pas qu’on ne permette pas aux migrants de travailler. Les laisser sans abri et errer est déjà inadmissible mais sans le droit de travailler ils sont de fait exposés aux pires vautours des réseaux illicites.
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Encore une belle enquête que voilà, avec des informations aussi précises que vécues. @Marsactu, vous abordez maintenant les conditions de travail du deal … Finalement, on y constate une chose, les fondamentaux d’exploitation de l’homme par l’homme se répètent, que ce soit dans la mine, les champs, les usines … ou les cités : Précarité = Exploitation. Absence de règle = Loi du plus fort. Non-organisation = position de faiblesse.
A quand un syndicat des Chouff et des Charbonneurs ?
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« puisque la France leur refuse le droit de travailler normalement »
C’est faux.
Ne pas avoir de papiers n’interdit à personne de travailler dans une industrie légale, comme la restauration ou le bâtiment par exemple. D’ailleurs c’est bien le sens, ubuesque, de la fameuse circulaire Valls qui permet la régularisation sous conditions des personnes ayant justement travaillé. Forcément, la circulaire n’est pas applicable pour ceux qui ont décidé de « travailler » pour les trafiquants de drogue.
D’ailleurs, ce reportage montre que les sans papiers qui vont « travailler » pour les trafiquants le font en toute connaissance de cause puisqu’ils expriment eux-même que c’est dangereux.
Ces malheureux ont fait le choix de venir ill´également en France, puis le choix de se rapprocher des réseaux. Ils sont responsables de leurs propres turpitudes d’une part, et contribuent à pourrir la vie des quartiers d’autre part.
L’angélisme et la complaisance vis-à-vis des acteurs du trafic, qu’ils soient à la tête des réseaux ou leurs petites mains, est irresponsable.
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