Après Banjo, deux éditeurs exhument Romance in Marseille, livre inédit de Claude McKay
Deux Marseillais font paraître un roman inédit de Claude McKay, figure de la littérature américaine. Avec Romance in Marseille, on découvre une histoire d'amour tragique dans l'ancien quartier réservé du Vieux-Port, dans les années 1930. Marsactu a rencontré ses éditeurs et publie des extraits de ce texte inattendu.
Photo de Claude Mc Kay photographié par Berenice Abbott, Memorial Collection in the Yale Collection of American Literature, Beinecke Rare Book and Manuscript Library.
Romance in Marseille fonctionne comme une capsule temporelle déposée par une comète littéraire. Publiée pour la première fois en français par une maison d'édition marseillaise ce mois-ci, elle offre une esquisse saisissante de la vie des quais des années 1930. L'ovni est aussi éditorial : Romance in Marseille, texte inédit de Claude McKay a failli paraître en français avant même sa première édition américaine.
Avec sa belle couverture acajou, le roman paru aux éditions Heliotropismes depuis quelques jours n'est peut-être pas une œuvre majeure de l'auteur de Banjo. Il vaut surtout par la pierre qu'il ajoute à ce monument méconnu de la littérature américaine et marseillaise.
Figure de la Harlem Renaissance, mouvement qui donna ses premières lettres de noblesse à la littérature afro-américaine, l'écrivain jamaïcain est une sorte de vagabond du monde qui a vécu à Barcelone, Paris, Tanger et Marseille, fréquenté Trotski au moment du congrès de la IVe internationale à Moscou, Bernard Shaw et tant d'autres personnalités des arts et des lettres.
Dans Romance in Marseille, en quelques centaines de pages, il donne à lire le destin de Lafala, passager clandestin embarqué à Marseille qui y revient, amputé des deux jambes après avoir été découvert et enfermé dans un local glacé des jours durant.
Enrichi et diminué tout à la fois, il noue une histoire d'amour ambivalente avec une belle prostituée de La Fosse, le quartier réservé de Saint-Jean, sur la rive Nord du Vieux-Port. Comme dans Banjo, l'intrigue donne à voir la vie de ce quartier interlope où une communauté noire -faite d'Africains, Antillais et Américains du Sud et du Nord- s'est installée. Rencontre avec Renaud Boukh et Armando Coxe, coordinateurs de l'édition de Romance in Marseille dont Marsactu vous propose de découvrir quelques extraits en avant-première.
D'un point de vue romanesque et éditorial, Romance in Marseille naît d'un miracle. Pouvez-vous revenir sur la genèse de l'aventure ?
Renaud Boukh : Effectivement, on a failli l'éditer en langue française avant même la première édition en langue originale qui ne date que de 2019. Or, nous travaillons depuis huit ans sur ce projet. Au final, nous sommes plutôt heureux de le sortir après, car cela nous a permis de vérifier que le tapuscrit sur lequel nous nous basions était bien la dernière version qu'il avait soumis aux éditeurs dans les années 1930.
Armando Coxe : Il existait deux moutures du texte. En 2008, j'était à New-York pour faire des recherche pour l'exposition, le colloque et le projet musical prévus l'année suivante. J'étais donc au Schomburg center à Harlem où je consultais les archives relatives à Claude McKay. La personne qui me conseillait alors me dit de consulter un tapuscrit d'un roman inédit, Romance in Marseille. À l'époque, je l'ai parcouru mais sans avoir l'autorisation d'en avoir copie. Mon deuxième contact se passe à Londres toujours dans le cadre de la préparation de l'exposition McKay. Spécialiste de littérature anglaise et caribéenne, Richard Bradbury me propose de passer chez lui où il conserve une bonne part des archives de l'auteur. Je m'y suis précipité et nous avons passé une nuit entière à éplucher ces archives.
Comment sont-elles arrivées en sa possession ?
Armando Coxe : À l'époque l'agent littéraire de McKay, Karl Cowl avait prévu de céder une partie des archives à Richard Bradbury mais il est mort d'une crise cardiaque et Bradbury . . .
Merci, cela donne envie de lire tout le reste…
Une remarque : il n’y a jamais eu à Moscou de congrès de la IVeme Internationale, qui fut fondée près de Paris en 1938, à un moment où les Russes partisans de Trotsky étaient morts, au Goulag ou bien en exil.
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Dans le cas de McKay, il s’agit du quatrième Congrès de l’Internationale Communiste, qui a eu lieu du 5 Novembre au 5 décembre 1922 à Moscou.
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