Le management à la serpe du directeur qui a fragilisé l’agence régionale de santé

Enquête
le 23 Nov 2018
6

Le bail de Claude d'Harcourt à la tête de l'antenne régionale du ministère de la Santé s'arrête ce vendredi dans un contexte tendu. Mutations forcées, brimades, colères : le tableau dressé par les multiples agents que nous avons interrogés est accablant.

Le management à la serpe du directeur qui a fragilisé l’agence régionale de santé
Le management à la serpe du directeur qui a fragilisé l’agence régionale de santé

Le management à la serpe du directeur qui a fragilisé l’agence régionale de santé

"Ma limite, c’est la souffrance." Dans son bureau vitré d’Arenc qui domine le terminal 2 du port, Claude d’Harcourt pose ces principes de "manager" qu’il applique au sein de l’agence régionale de santé (ARS), depuis son arrivée en janvier 2017. Plus que quelques cartons et il perdra la vue vertigineuse : ce vendredi, il quitte officiellement ses fonctions à l'antenne locale du ministère de la Santé pour devenir préfet des Pays de la Loire. Mais ses valises sont lestées : les 12 et 13 novembre, deux assemblées générales du personnel ont exposé un mal-être au sein de la préfecture sanitaire. Sur les 600 fonctionnaires, un quart environ a répondu à l’appel lancé par les représentants du personnels, un effectif "important" selon le mot de Claude d’Harcourt lui-même.

Lue au mois d’octobre en comité d’agence, le comité d’entreprise maison, la motion des élus du personnel a mis des mots sur le malaise. "Nous recevons régulièrement des témoignages de collègues qui se plaignent de réflexions blessantes voire insultantes et de comportements assimilables à du harcèlement moral", expliquent-ils avant d’en appeler à "un management tempéré et respectueux". S’il n’est pas cité, Claude d’Harcourt est dans le viseur. "On arrivait à une limite d’acceptation au niveau du management. Le directeur est arrivé avec des objectifs à atteindre et a mis beaucoup de pression. Ensuite c’est l’effet domino : la pression est répercutée d’échelon en échelon et dans ce contexte, certains résistent moins bien que d’autres", explique Marc Letient de la CFDT. Selon ce syndicaliste, "avant que son départ ne soit connu, nous avions envisagé d’appeler à la grève". Il évoque même la possibilité de "droits de retrait dans certains services pour danger grave et imminent".

Nocivité, agressivité, humiliations. Les mots reviennent avec une régularité de métronome dans la bouche d’employés de l’agence que Marsactu a interrogés. "Il a une manière de gouverner très maltraitante, je ne peux pas dire moins, relate un responsable de service. Les agents comme des membres de l’encadrement viennent travailler la boule au ventre."

Crises de colère et brimades

Une fonctionnaire de la maison décrit ces derniers mois comme "un enfer". Elle détaille agressions verbales, crises de colère et brimades publiques : "Des propos blessants, volontairement humiliants, devant témoins. On laisse entendre que vous ne savez pas lire, que . . .

Vous voulez lire la suite ?

vous voulez lire la suite ?

Rédaction de Marsactu

Commentaires

ordre

6 commentaires


Rejoignez-la communauté Marsactu pour, vous aussi, contribuer au débat local. Découvrez nos offres

ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné⋅e.
  1. Happy

    La formule : « L’intelligence du directeur, louée par beaucoup, se double d’une brutalité psychologique assumée » me paraît applicable à d’autres cadres supérieurs de la fonction publique. Les capacités intellectuelles sont valorisées, mais la capacité d’empathie, pourtant essentielle pour bien manager, ne paraît pas du tout être un critère de sélection et de promotion des dirigeants. La preuve en est que ce monsieur est promu préfet de région, où sa brutalité pourra s’exercer avec encore plus d’ampleur sur les directeurs des services placés sous son autorité, qui répercuteront ce mode de management dans leurs propres services. Au-delà des individualités néfastes, c’est toute une représentation de l’autorité qu’il faudrait questionner dans les organisations de travail, qui fait que beaucoup tolèrent, voire apprécient ce modèle de dirigeant, même quand ils en subissent les comportements. Et cette représentation a beaucoup à voir avec des stéréotypes de genres, à une image « virile » de l’autorité (que certaines dirigeantes peuvent bien sûr endosser).

    Signaler
  2. beatricestambul

    Au delà de sa personnalité, çà a été un très mauvais DG, aux ordres de la préfecture quand i s’agissait de migrants :cf la directive scélérate demandant aux soignants des hôpitaux psychiatriques de dénoncer les patients en situation irrégulière et de leur signifier leur OQTF (obligation de quitter le territoire français, ce qui est le boulot des flics). Il a arrêté le financement des réseaux de généraliste. Incompétent et ignorant des problèmes de drogues et de précarité, il n’a jamais financé correctement les structures de première ligne en prise avec ces questions. Bref, on ne le regrette pas

    Signaler
  3. Lecteur Electeur

    Le Président désigne ces très hauts fonctionnaires à son image, c’est à dire à l’image de Macron-Jupiter (qui est aussi rappelons le, Macron-Benalla).

    Signaler
    • petitvelo

      C’est effectivement un personnage plébiscité par l’Etat hier et aujourd’hui. Il sait néanmoins rester dans certaines limites avec certains, sinon il aurait déjà pris une Benalla sur le coin du nez.

      A quand sa nomination à la réforme des fonctionnaires ? Avec port d’arme bien sûr.

      Signaler
  4. Malaguena/Jeannine

    lecteurs et lectrices de MARSACTU : faites comme moi tout ce qui est insupportable par le fait de nos élus et gouvernement une solution twitter : @agnesbuzyn @EmmanuelMacron @TeamMacronPR @La_RepubliqueEM @gouvernementFR les informer de notre colère. Cela ne sera utile que si l’on est nombreux!!

    Signaler
  5. gorgeprofonde

    l’intelligence est un phénomène collectif et pas individuel.

    Signaler