Le Sleep In ferme et la prise en charge des usagers de drogue recule encore à Marseille
Depuis un mois, le Sleep In, centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud) à Marseille, est fermé pour insalubrité, entraînant avec lui une perte de repères des consommateurs, plus que jamais livrés à eux-mêmes.
Manifestation à Marseille contre les politiques répressives envers les usagers de drogue. (Photo : Z.C.)
En bas de la rue des Héros, pas loin de la gare Saint-Charles, Sonia et Nadia sont assises sur le bord du trottoir entre deux voitures. Derrière elles, une de leurs connaissances a pris sa dose. Il est allongé sur une trottinette, la joue contre le mur. Pompe à la main et robe remontée, Nadia saisit le haut de sa cuisse entre ses doigts avant de créer un trou. Puis un autre. "Les aiguilles, c'est des clous, elles accrochent, on est obligé de percer deux, trois fois", se plaint Sonia en la regardant faire. Ses bras sont rayés de cicatrices. Ses jambes parsemées de bleus.
"Depuis que le Sleep In [un centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues ou Caarud, situé dans le secteur, ndlr] a fermé, c'est la merde, poursuit-elle. Y avait des rats, c'était pas propre et hygiénique, mais là faut qu'on aille jusqu'au Tipi [un autre centre, ndlr], à la Plaine, pour le matériel." Elles ont sorti les seringues de leurs sachets stérilisés. "Nous, on monte la grande pente, dit-elle en pointant la rue Adolphe-Thiers, même si on est des anciennes." L'une a 54 ans, l'autre 63. "Mais certains n'ont pas la force, alors y en a qui en profitent pour faire un business : ils vont chercher les seringues et après, ils reviennent les échanger contre une pipe à crack ou un caillou." Sur le bitume, une cuillère en métal contient un "galet" en partie dissous. Nadia passe un mouchoir imbibé de sérum physiologique sur ses points de sang.
"En Suisse, vous voyez personne par terre comme nous. Ça fait longtemps qu'ils ont des salles de consommation. Nous, on demande que ça, mais faut pas que ce soit trop loin."
Sonia, 54 ans
Une passante enjambe leur ami. "Oh ! Lève-toi, crie Sonia, fais de la place pour les gens. Oh ! Fais un effort . . .
Les habitants du quartier vont pouvoir respirer un peu …
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