[Vies brèves] Vimar Nicolas Stanislas Auguste, animalier (1851 – 1916)
Leurs existences ont commencé dans notre cité, elles s’y sont achevées, elles y ont connu leurs plus beaux ou leurs plus sombres moments. On pourrait leur consacrer un ou plusieurs volumes. Michéa Jacobi s’est attaché pour Marsactu à les raconter en quelques paragraphes seulement, des sortes de "vies brèves".
En matière de figuration, il n’est de vertu plus ancienne que celle de représenter les animaux. Les peintres de la grotte de Lascaux en apportent la preuve. Bien des artistes leur ont succédé : John James Audubon, Rosa Bonheur, Dong Yuan, Charles-Émile Jaque, Jean-Baptiste Oudry, François Pompon, Georges Stubbs, Constant Troyon, Adriaen van de Velde, Zhao Mengfu.
Auguste Vimar n’arrive peut-être pas à la hauteur de ces grands maîtres, mais il fait, à coup sûr, partie de leur confrérie.
C’est tout en bêtes en effet que ce Marseillais grand teint (il naquit dans cette ville, il y mourut, il utilisa volontiers son folklore) a bâti sa gloire discrète. Il a peint et sculpté à de multiples reprises des chiens et des chevaux. On connaît de lui un bulldog bâillant vers une mouche criant de vérité et un groupe de chiens (augmenté d’un petit singe) en arrêt devant le portrait d’un de leurs congénères malicieusement intitulé Les Critiques. Il a orné de diverses figures animales de nombreux livres pour enfants, et il a quelquefois jugé utile d’en écrire le texte.
Son chef-d’œuvre dans le genre date de 1905, il a pour titre Le Boy de Marius Bouillabès. C’est l’histoire d’un capitaine qui, ayant acquis la conviction que l’éléphant est un être “perfectible, pour ainsi dire, jusqu’à l’infini”, adopte un tout jeune représentant de cette espèce. Il l’appelle Jingo, l’éduque avec le plus grand soin et réussit bientôt à en faire un domestique de premier ordre : serviteur, cuisinier et valet de chambre à la fois. On voit le pachyderme porter au bout de sa trompe un plat chargé d’un faisan rôti (“Quelle prestesse”, dit la légende), on le voit tourner avec le même organe une cuillère dans une casserole qu’il tient entre ses pattes, on le voit couper avec un soin infini les ongles de pied de son maître.
Mais à peine Vimar a-t-il eu le temps de camper Jingo dans ces curieuses postures que l’animal, ayant atteint une taille considérable, se pervertit et se déborde. Il déniche une ruche, il se fait piquer par des abeilles qui donnent à son appendice nasal des dimensions extravagantes, il liquide les parfums et les alcools de son maître, il dévore ses mets. Bouillabès, obligé de s’en défaire, décide de le caser dans une lointaine loge de concierge, puis repart aux Indes. Il lui arrive là-bas toutes sortes de mésaventures qui trouvent leur explication à la fin de l’ouvrage : l’éléphant, revenu lui aussi dans son pays d’origine, n’avait pas oublié son instituteur ; en voulant lui prêter assistance, il n’a fait qu’empirer les choses et mis Bouillabès dans le plus cruel embarras.
Tout cela est écrit dans un style aimable et relâché, sans prétention ni intentions morales précises. Les dessins révèlent une observation attentive du mammifère qu’ils représentent. Vimar est peut-être allé croquer l’individu que le jardin Longchamp gardait autrefois en son sein et que Mark Twain a si plaisamment décrit dans Innocents abroad. Puis, préfigurant les travaux de Benjamin Rabier, il est parvenu à plier son modèle à toutes sortes de contorsions et lui donner à chaque fois une allure incroyablement humaine.
Il a illustré beaucoup d’autres livres : L’Automobile Vimar, ABCD : la ménagerie de bébé, L’Illustre Dompteur. Mais il a pris soin, c’est une autre de ses vertus, de ne laisser aucun autre souvenir au monde que celui de ses créations. La bibliothèque municipale de Marseille ne possède hélas que trois de ses œuvres, et l’édition française n’a pas jugé utile d’en ressortir une seule. Heureusement, une maison de Charleston, Caroline du Sud, publie encore un texte de Vimar. C’est The Curly-Haired Hen (La Poule aux cheveux frisés). La dernière phrase dit : “Aimez les animaux, mes enfants, soyez gentils avec eux, soignez-les et vous en recevrez sans doute une récompense.”

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