Sur l’importance de l’hospitalité pour les marseillais et marseillaises
Sur l’importance de l’hospitalité pour les marseillais et marseillaises
Au sein du collectif Marseille HospitalitéS, nous ne voulons ni fermer les portes, ni réserver la ville aux seuls touristes aisés. Les touristes font vivre des commerces, créent des emplois, apportent des ressources fiscales à la ville.
Ce contre quoi se soulèvent des marseillais et marseillaises, ce n’est pas contre des touristes qui restent bienvenus, mais contre un système qui s’est emballé faute de régulation : des milliers de logements transformés en produits financiers par des investisseurs, une montée en gamme qui chasse les offres abordables, des commerces de proximité qui réorientent leurs offres, des espaces publics qui se privatisent et des transports ariens et maritimes qui impactent la santé comme le climat. Plus d’un logement sur dix est parfois mobilisé pour ce seul usage dans des quartiers centraux et le nombre d’hébergements et de restaurants devenus haut de gamme ne cesse d’augmenter.
Ce n’est pas le touriste qui est en cause. C’est le fait que des investisseurs ont transformé l’hospitalité en rente financière et qu’ils ne vont pas s’arrêter tout seuls.
Quand on parle d’hospitalité, on ne parle pas que des touristes.
On parle des marseillais et marseillaises, de tous celles et ceux que Marseille a besoin de faire venir et de toutes celles et ceux que Marseille attire. Nous voulons nous donner les moyens que chaque personne soit accueillie dignement à Marseille, dans le respect de celles et ceux qui habitent déjà là.
Les marseillais et marseillaises ont besoin d’héberger leurs proches qui viennent de loin pour un événement familial, une compétition sportive, un examen universitaire, une visite médicale : où dorment-ils ? Les nouveaux marseillais et les personnes en situation de mal-logement ont besoin de solutions d’hébergement temporaire dignes, le temps de trouver un logement stable.
Les hôpitaux marseillais ont besoin d’héberger dignement leurs internes, apprentis infirmiers, formateurs occasionnels et les 24.000 patients venus d’autres régions, accompagnés de leurs proches.
Les artisans et les PME de Marseille ont besoin d’accueillir les apprentis dont le nombre a triplé en cinq ans, ainsi que leurs stagiaires, leurs travailleurs détachés, saisonniers, contrats courts, clients et prestataires en déplacement.
L’université d’Aix-Marseille accueille cent mille étudiant·es dont un tiers est inscrit à temps partiel et la moitié extérieur au département, sans oublier les chercheurs invités, les doctorants étrangers et les participants aux séminaires. Autant de personnes qui font rayonner Marseille et peinent à trouver pour leur séjour un hébergement décent à prix fixe et abordable.
Les associations et les services publics ont besoin de pouvoir mettre des personnes à l’abri : femmes victimes de violences, personnes sans domicile, réfugiés et demandeurs d’asile. Marseille héberge la deuxième plateforme d’accueil de demandeurs d’asile de France. Les structures qui les accueillent sont saturées et fragilisées.
Les forains et gens du voyage de passage à Marseille n’ont comme seule possibilité d’accueil qu’une aire d’accueil située entre l’autoroute, le chemin de fer et proche d’un site industriel classé Seveso, malgré la condamnation de la métropole à ce sujet.
Des jeunes, des familles peu aisées et des groupes scolaires veulent découvrir Marseille, mais Marseille n’a plus de camping municipal et a perdu des places en auberge de jeunesse et ses hôtels une étoile.
Les marins en escale, les saisonniers, les pèlerins, les artistes, les routiers, les jeunes travailleurs, les supporteurs, les stagiaires et tant d’autres ont besoin d’un hébergement temporaire qui s’avère de moins en moins accessible.
Et personne ne prend la mesure globale de ce manque d’accueil.
Pourtant les études sur la spéculation touristique nous enseignent que, faute d’hébergements temporaires abordables, des étudiants renoncent à étudier ou à un stage sur place, des saisonniers refusent des offres d’embauche, des groupes scolaires ou sportifs partent ailleurs, des hospitalisations et mises à l’abri sont reportées, des familles ne partent pas en vacances : un desacueil source de souffrances psychiques.
Les décisions de programmer un grand évènement, d’allonger la saison touristique, d’augmenter la capacité aéroportuaire ou de mieux réguler les meublés de tourisme ne sont pas sans conséquence sur la vie des marseillais et marseillaises tout comme sur les conditions d’accueil des autres personnes de passage à Marseille. Mais qui en prend la mesure? Qui se donne les moyens gérer ces situations de manière équilibrée ?
La spéculation touristique, ce n’est pas le fait des touristes comme essaie de nous le faire croire la médiatisation du surtourisme. C’est un choix politique d’attractivité et des pratiques économiques spécifiques : spéculation immobilière via les locations courte durée, montée en gamme qui chasse les offres abordables, privatisation de l’espace public, extensions aéroportuaires et campagnes marketing essentiellement à destination des clientèles aisées.
Ces problèmes appellent des réponses précises en matière d’accueil touristique : réglementation des locations courte durée, encadrement des loyers, demarketing touristique, protection de l’espace public, développement du tourisme social et non-marchand. Nous les défendons.
Mais à côté de ça, les habitants, institutions, entreprises et associations marseillaises ont besoin d’accueillir chaque jour des dizaines de milliers de personnes qui ne spéculent pas, ne privatisent rien, partagent la ville avec ses habitants et contribuent à son économie, à sa vie culturelle et sociale.
Pour chaque touriste présent à Marseille, il y a une personne de passage pour un autre motif.
Ces personnes méritent tout autant un accueil digne. Loin d’être en contradiction avec l’économie touristique, mieux les accueillir fait partie de la solution. L’Ademe a démontré qu’entre 2018 et 2022 il était possible de stabiliser l’économie touristique tout en polluant moins, grâce à l’accueil sobre et de proximité.
Ces personnes consomment dans les boulangeries, les épiceries, les pharmacies du quartier. Elles contribuent à l’économie locale sans en faire monter les prix. Elles ont recours à des hébergements sobres et au partage. Un étudiant contribue à hauteur de 8 000 euros à l’économie locale chaque année parce qu’il consomme autant qu’il produit sur place, contre en moyenne 60 euros pour un croisiériste en escale. Ce sont des personnes ressources pour la ville dont nous proposons de prendre enfin la mesure.
Mieux accueillir les saisonniers, les étudiants, les patients, c’est aussi moins polluer. Un touriste international émet six fois plus de CO₂ qu’un visiteur national. Les autres voyageurs, par leur sobriété, la durée de leur séjour, leur proximité, sont exactement les visiteurs que la transition écologique recommande d’accueillir en priorité.
C’est enfin et surtout un enjeu d’humanité que d’accueillir dignement chaque personne de passage dans un contexte de croissance des mobilités subies et choisies, des crises et du dérèglement climatique.
Ces personnes mises à l’abri, ces travailleurs en déplacement, ces familles venues accompagner un proche hospitalisé, ces stagiaires en entreprise, consomment elles aussi les offres touristiques de restauration, d’activités et d’hébergements tout comme elles paient la taxe de séjour.
Nous collectons 14 millions d’euros de taxe de séjour par an, un montant multiplié par six en dix ans. Nous proposons de réallouer a minima un tiers de cette somme, soit environ 3 millions d’euros par an, à une politique des hospitalités.
Une politique possible sans créer une nouvelle taxe, sans augmenter le budget municipal et sans renoncer au tourisme, qui bénéficiera encore d’une part considérable de la taxe de séjour.
Marseille dispose déjà d’un tissu d’hôtes remarquable.
Des centaines d’associations, de particuliers, de professionnels qui accueillent au quotidien cette diversité de personnes de passage.
Ils le font avec un savoir-faire fin, des gestes d’hospitalité construits sur des années de pratique, une connaissance intime des besoins réels. Mais beaucoup le font dans l’invisibilité, et dans un épuisement croissant particulièrement dans l’accueil social. Cette richesse existe et nous sommes engagés à la faire connaître, reconnaitre et à la renforcer.
L’argent de la taxe de séjour va servir à la mise en place d’un Observatoire des hospitalités pour mesurer l’impact réel de chaque personne de passage sur les loyers, les commerces et le cadre de vie. Une École des hospitalités va faciliter la transmission des savoir-faire entre hôtes, former les hôtes individuels et collectifs à accueillir toutes ces situations, dans tous les quartiers. Une délégation municipale aux hospitalités, transversale au tourisme, logement, santé, économie et action sociale va réunir les acteurs autour d’une même table. Et les Voix des hospitalités, ces pratiques d’accueil, d’hier et d’aujourd’hui, marchandes et non marchandes, comme les chambres d’hôtes, l’échange de maison et l’accueil solidaire vont être recensées, racontées et facilitées.
La bonne nouvelle est que Benoit Payan a répondu favorablement à ces propositions. Nous allons (enfin) passer de la parole donnée aux actes. Nous allons collectivement nous donner les moyens d’accueillir dignement toutes les personnes qui arrivent à Marseille, dans le respect de celles et ceux qui habitent déjà ici.
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