LES AILES DU GABIAN
LA MÉTROPOLE : UN O.P.N.I. (2)
Voici la deuxième partie de la chronique consacrée à l’O.P.N.I. métropolitain, commencée le 24 avril. Il y est question de ville, d’identité, de Marseille et de pouvoirs.
La ville continue à être l’identité symbolique de la métropole
La « ville-centre » continue à donner son identité à la métropole. Quand on vit dans la métropole, sans vivre à Marseille même, on ne vit pas dans la métropole de Marseille, on vit dans la banlieue de Marseille, voire « à Marseille », tout court, à Marseille, comme, d’ailleurs, dans toutes les métropoles. C’est par la grande ville qui en est le centre que l’on désigne la métropole, comme tout le monde l’a toujours fait. C’est que les liens entre la ville-centre et les communes qui font partie de « sa » métropole sont très anciens et instituent une sorte d’interdépendance, à la fois dans la réalité de l’existence, dans la dimension symbolique des dénominations et des institutions et dans la dimension imaginaire de la vision que nous pouvons avoir de l’ensemble métropolitain. Certaines localités de la métropole, les plus proches de Marseille, ne sont, d’ailleurs, souvent, rien d’autre que des quartiers de Marseille. C’est ainsi que, sans doute, loin d’avoir reconnu la diversité des composantes de la métropole et d’avoir donné plus de liberté des villes qui la constituent, la métropole a, au contraire accentué leur dépendance vis-vis de Marseille en instituant un pouvoir de plus venant s’ajouter à ceux dont elle dispose déjà, notamment dans le domaine économique. La réalité des relations entre Marseille et les communes qui l’entourent n’a, en ce sens, pas changé. La métropole donne un poids symbolique plus important à Marseille, car toutes les villes ne sont pas au centre d’une métropole, et, en ce sens, elle renforce le poids symbolique de la ville, et, ainsi, l’institution de la métropole n’a rien changé à la situation qui prévalait avant. D’autant plus qu’elle a même accentué, sans doute, la dépendance à Marseille de villes comme Aix ou même Salon. Enfin, la métropole n’a pas su instituer un « imaginaire métropolitain » de projets et de pouvoirs, auquel les habitantes et les habitants auraient pu adhérer. Si la métropole est un O.V.N.I. politique, un O.P.N.I., c’est que l’on se demande quelle est réellement sa place dans le jeu marseillais des pouvoirs et des institutions : il n’a pas d’identité réelle, sa seule identité consiste dans son nom : « Marseille-métropole » et dans des pouvoirs dont on peine à finir la réalité et l’ensemble des domaines d’intervention.
La place de la métropole dans l’organisation urbaine de Marseille
Si la métropole de Marseille est un peu un O.V.N.I. institutionnel, c’est que l’on ne comprend pas bien la finalité et le rôle de cette institution. On se demande même quelles étaient les intentions réelles de celles et de ceux qui sont à l’initiative de son établissement. La métropole n’a rien changé sur le plan technique de cette organisation. Les réseaux urbains comme les réseaux de transport et d’énergie existaient avant, et ils continuent à remplir leurs fonctions (bien ou mal, c’est une autre histoire), comme ils le faisaient avant, et, ainsi, sur le plan de l’organisation de la ville, l’institution de la métropole n’ pas eu d’incidence. Sur le plan politique, la métropole aurait pu jouer le rôle d’un contre-pouvoir venant contrebalancer les pouvoirs de la municipalité de Marseille, et, en ce sens elle aurait pu jouer un rôle important dans l’établissement d’une véritable démocratie dans la politique de la ville. Mais, plutôt qu’un contre-pouvoir, la métropole n’a été qu’un pouvoir de plus, une couche de plus dans ce que l’on a l’habitude d’appeler, en France, le « mille-feuilles administratif ». En effet, au lieu d’équilibrer les pouvoirs de la ville, comme elle aurait pu le faire, étant donné qu’elle intervient dans d’autres domaines, elle n’a fait que priver la municipalité de l’ensemble des pouvoirs démocratiques qui étaient les siens et elle a ajouté de la bureaucratie et des contrôles dans l’administration de la ville, comme aussi, d’ailleurs, dans l’ensemble des villes qui en sont membres.
Pourquoi l’exécutif de la métropole n’est-il pas élu au suffrage universel direct ?
En réalité, si l’on réfléchit bien à la politique de la métropole, une élection de l’assemblée métropolitaine au suffrage universel direct serait le seul moyen de rendre les habitantes et les habitants conscients de l’existence de la métropole et de ses pouvoirs et de les motiver réellement pour s’en reconnaître pleinement les habitantes et les habitants. Mais c’est bien là que l’on touche, une fois de plus, au défaut originel de la métropole de Marseille : elle ne dispose pas d’institutions qui lui soient propres. Cela tient, d’abord, bien sûr, au fait que, quand elle a été conçue et instituée, les acteurs politiques dotés de pouvoirs dans les communes qui en font partie n’avaient pas l’intention de se dessaisir de certains de leurs pouvoirs et n’entendaient pas être soumis aux pouvoirs de cette nouvelle autorité dont il n’avait jamais été question, à commencer par Marseille. Gaston Defferre, celui qui était le maire de la ville au moment où ont commencé les premiers débats sur les intercommunalités en France, n’avait jamais accepté de perdre de ses pouvoirs ou de les voir limités par cet animal politique étrange. Cette absence d’identité politique de la métropole tient aussi à l’ancienneté de la ville de Marseille, à son âge. Se voir privée d’une part de ses pouvoirs quand on a 2600 ans, c’est un peu dur à accepter, il faut bien le reconnaître. Il y a ainsi une dimension symbolique, culturelle, à la difficulté, pour Marseille, de reconnaître l’autorité d’une métropole. Enfin, cette difficulté tient à l’absence de réalité d’une expérience politique de la métropole pour des habitantes et des habitants qui n’en sont pas pleinement les citoyennes et les citoyens. C’set ainsi que l’on comprend le sens de la démocratie représentative. Il s’agit, certes, comme tout le monde le sait, d’un côté d’un mode démocratique de désignation des pouvoirs. Le démos, le peuple, a le kratos, le pouvoir, de désigner celles et ceux qui sont porteurs du pouvoir de faire la loi et de l’exécuter dans l’espace politique. Mais il y a autre chose, dont on est, sans doute, moins conscient. C’est parce que la métropole est régie par des pouvoirs ainsi désignés que le peuple qui la compose peut se voir reconnaître une identité politique. Sans cela, il ne s’agit que d’un ensemble de personnes vivant là ensemble. Ce n’est que s’ils procèdent ensemble à des actes politiques comme l’élection qu’ils se reconnaissent, ensemble, comme constituant une identité politique partagée. Pour que la métropole ne se réduise pas au métro et aux poubelles, il faut qu’elle ait une voix politique. L’erreur politique majeure qui constitue un défaut originel de la métropole est là : elle n’a pas été conçue comme une institution démocratique par l’élection.
Vous avez un compte ?
Mot de passe oublié ?Ajouter un compte Facebook ?
Nouveau sur Marsactu ?
S'inscrire
Commentaires
0 commentaire(s)
Rejoignez-la communauté Marsactu pour, vous aussi, contribuer au débat local. Découvrez nos offres
ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.