Malika Moine. vous présente
En quête de sauvage

[En quête de sauvage] Les papillons de Marseille

Chronique
le 8 Mai 2026
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Après avoir exploré les cuisines des Marseillais puis les ateliers d'artistes, la dessinatrice Malika Moine sort au grand air à la recherche de la faune et la flore au cœur de la ville.

Le Parc urbain des papillons. (Illustration : Malika Moine)
Le Parc urbain des papillons. (Illustration : Malika Moine)

Le Parc urbain des papillons. (Illustration : Malika Moine)

Comme tout une chacune, j’ai toujours été émerveillée devant le vol gracieux des papillons, fascinée par les dessins parfois complexes et chatoyants de leurs ailes. Je dis “comme tout le monde” mais non, il est impossible que des êtres destructeurs de tout vivant comme Trump ou Netanyahou ressentent la moindre émotion devant la délicatesse et l’apparente fragilité des rhopalocères, les papillons diurnes — car je ne vous parlerai pas ici des hétérocères, les papillons de nuit.

“Des papillons à Marseille, me direz-vous, quelle drôle d’idée !” C’est vrai, si j’en vois de temps en temps sur mon balcon, que j’en croise aux beaux jours dans les parcs et jardins, je n’y aurais pas pensé sans un merveilleux ouvrage sur les papillons de Marseille. Au printemps, j’ai donc contacté Magali Deschamps-Cottin, maître conférencière au Laboratoire Population – Environnement – Développement (LPED) et maîtresse d’œuvre de ce répertoire précis et exhaustif, extrêmement bien conçu pour que même un néophyte puisse reconnaître les papillons croisés sur son chemin…

Je me rends, non sans quelques détours dus au GPS, dans le quatorzième arrondissement de Marseille, au Parc urbain des papillons. Créé en 2012 au cœur du domaine de la bastide de Montgolfier, devenue propriété de la Ville, en contrebas d’un ancien moulin et d’une tour romantique, le parc jouxte l’immense réserve d’eau du canal de Provence et surplombe la ferme pédagogique, provisoirement en jachère. Je rejoins un groupe de personnes en formation dans le cadre du dispositif Villegarden, qui questionne la biodiversité et les sols dans le contexte urbain de sept villes en France.

Laisser vivre la nature

Tandis qu’on mange un bout, Magali nous raconte : “Les papillons ne valent pas les abeilles en termes de pollinisation, car ils papillonnent, ne butinent pas les mêmes espèces de fleurs… En France, il y a 3000 espèces d’abeilles sauvages et une d’abeilles domestiques. Les abeilles sauvages aiment le bois mort, les coquilles d’escargot… Les abeilles domestiques chassent toutes les sauvages !” Je ne suis pas au bout de mes surprises. Ainsi, Magali nous apprend que “les fameux « hôtels à insectes » peuvent héberger des espèces invasives. Rien ne vaut le bois mort, les vieilles souches”… Laisser vivre la nature, quoi.

Après d’interminables jours de mistral, il est tombé, c’est une chance : “Les papillons volent quand il fait beau. Ils restent immobiles dans les ronciers quand il vente. Certains peuvent rester en vie ralentie l’hiver, cachés dans les sous-sols”, explique Magali. Moi qui pensais que les papillons vivaient au plus quelques jours ! “Beaucoup de papillons de nuit ne vivent que le temps de se reproduire, mais les papillons de jour vivent pour certains jusqu’à onze mois, comme le Citron de Provence. L’adulte est actif de trois semaines à un mois.” Sans oublier que le papillon vient à la fin d’un cycle de métamorphoses !

La vie du Citron. (Illustration : Malika Moine)

La femelle Citron de Provence pond des œufs sur des bourgeons et les jeunes feuilles de l’arbuste hôte. Puis, naissent les chenilles : “Elles se nourrissent la nuit et passent la journée immobile sur la nervure centrale d’une feuille.”

Elles deviennent alors chrysalides : “Suspendues à un rameau de l’arbuste hôte ou sur une plante proche, elles ne s’alimentent pas, mais peuvent parfois bouger.”

La chrysalide liquéfie alors tous ses tissus de chenille pour se transformer en papillon… “Quand il en sort, il a des ailes toutes petites et fripées. Il propulse de l’hémolymphe dans ses ailes qui se déplient.  On appelle la transformation entre la larve et l’adulte le cycle holométabole”, dit encore Magali. En dessinant les chenilles, je pense au dégoût parfois phobique de certains à leur endroit. Peut-être qu’en imaginant le papillon qui surgit au terme de cette métamorphose, cette aversion pourrait disparaître.

“Il n’y a aucun ravageur chez les papillons diurnes, même si les chenilles consomment des plantes hôtes”, poursuit Magali. C’est la combinaison des plantes hôtes et des plantes nectarifères qui peut faire venir les papillons.

Une prairie à vaches

Le Parc urbain des papillons était en 2010 une prairie à vaches qui abritait une quinzaine d’espèces de papillons. Après quinze ans de compagnonnage avec le collectif d’artistes marcheurs SAFI, de jardinage avec les élèves du lycée des Calanques et d’inventaires avec des étudiants, une vingtaine de nouvelles espèces sont venues, attirées par cinq massifs de plus de cinquante variétés de plantes nectarifères, méditerranéennes et exotiques, qui fleurissent au printemps, en été ou en automne… Sans oublier de nouvelles plantes hôtes pour les chenilles.

Ce qui est réalisé dans ce parc peut aussi l’être dans les parcs urbains et chez les chanceux qui ont un jardin en ville. C’est aussi le sens du dispositif de recherche Villegarden : qui connaît prend soin ! À chaque    personne venue aujourd’hui apprendre à compter et reconnaître les papillons, Magali distribue un filet à papillons, une petite tente pop-up pour y mettre les individus attrapés, une petite boîte pour les espèces trop fragiles à manipuler, un papier où noter le résultat de la recherche et le Guide des papillons de Marseille, afin de repérer les espèces. L’échantillonnage doit durer une demi-heure et être réalisé au moins une fois par mois, à l’heure chaude au printemps et fraîche l’été : “Attention ! Ne laisser la tente ni en plein vent, ni au soleil ! Il s’agit de garder les papillons vivants !”

Tiens ! Un Citron papillonne autour de nous, l’occasion de nous montrer comment le tenir par le thorax sans ôter les écailles de ses ailes. Le Citron bouge beaucoup, on ne connaît pas son périmètre de mouvement.

Le Citron. (Illustration : Malika Moine)

Un monsieur connaisseur évoque le Pacha à deux queues de son jardin. Magali et Maguelone, sa collègue, s’exclament en chœur : “Veinard ! Vous avez donc des arbousiers ! Ici, on a mis six ans à le faire venir.” Le Pacha est un grand voilier, il ne fait que passer par les jardins. Il s’alimente de fruits fermentés et ne pond que sur les arbousiers. La chenille est sublime ! Elle mange la feuille et tisse un tapis de soie. C’est un papillon méditerranéen. “Le mâle et la femelle sont pareils, contrairement à la plupart des espèces chez lesquelles les mâles sont plus colorés que les femelles…  Qui dit Pacha, dit vol rapide.”

Le Pacha à deux queues. (Illustration : Malika Moine)

Nous voilà partis à la chasse aux papillons, comme dans la chanson de Brassens. Je poursuis en vain un beau et rapide papillon brun, le Vulcain… Souvent, les papillons volent en zigzags pour éviter de se faire attraper. Le Vulcain peut se confondre avec la Belle-Dame, un papillon extraordinaire qui migre certaines années depuis l’Afrique du Nord jusqu’ici. Je suis sonnée. Je croyais les papillons fragiles, j’apprends qu’ils traversent ciel et mers. “Les Monarques, eux, traversent l’Atlantique !”, ajoute Magali.

Le Vulcain. (Illustration : Malika Moine)

Dans la tente pop-up, quelqu’un a apporté un Tircis. “Territorial, sédentaire, il attaque les autres”, raconte Magali. Une dame arrive avec une Mégère, la femelle du Satyre. Elle ressemble au Tircis : “Il peut être difficile de les identifier quand ils sont vieux et ont perdu leurs écailles. Les fleurs qu’ils butinent nous donnent alors des indices.” 

Ainsi, chaque espèce a son caractère, ses goûts et ses stratégies de survie. Magali enchaîne : “Les chenilles de certains azurés se laissent tomber au sol, sécrètent des phéromones qui attirent les fourmis. Ces dernières les amènent dans la fourmilière et les nourrissent de miellat. Quand ils sortent de leur chrysalide, les papillons filent très vite hors de la fourmilière, déploient leurs ailes et s’envolent sinon ils sont mangés !” Les enchevêtrements du vivant sont parfois insoupçonnés et extraordinaires !

En repartant, on observe un Satyre posé sur le sol.

Le Satyre. (Illustration : Malika Moine)

Il est parfois possible de faire une visite au Parc urbain des papillons au printemps, mais les balades dans les parcs, les friches ou les jardins des copains nous amènent aussi à observer des papillons. Et pourquoi pas semer dans nos rues ?

Pour reconnaître les lépidoptères de notre ville, je ne saurais que trop vous recommander le Guide des Papillons de Marseille, publié récemment chez le Naturographe. Scientifique, mais pédagogique, accessible et pratique, vous pouvez le commander dans toutes les bonnes librairies…

Commentaires

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  1. Pussaloreille Pussaloreille

    Charmant… et réconfortant !! Merci pour cette découverte

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