LE VOL DU GABIAN

LE VOL DE LA MÉTROPOLE

Billet de blog
le 3 Avr 2026
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À l’occasion de la préparation de l’élection du président de la Métropole de Marseille, Monsieur Benoît Payan a indiqué qu’il ne se présenterait pas, mais que son choix irait plutôt vers le maire (Républicains) de Salon. Il y a de quoi être en colère.

La trajectoire du maire de Marseille

Je crois que j’ai rencontré M. Benoît Payan pour la première fois en 2017. C’était boulevard de la Corderie. Un chantier de construction du groupe Vinci menaçait le chantier des fouilles archéologiques, au coin de la rue d’Endoume, et une protestation s’était exprimée. Ce n’était pas une grande manifestation, mais c’était un acte de protestation, tout de même. Je ne savais pas encore que c’était M. Benoît Payan, mais nous nous sommes salués. Peut-être nous étions-nous déjà rencontrés, dans la vie sociale et politique de Marseille, je ne sais pas. Plus tard, j’ai appris que c’était celui qui allait devenir le maire de la ville, qu’il s’agissait de prendre part à un conflit véritablement politique et que c’était un homme de gauche, opposé à la politique de J.-C. Gaudin (Républicain, rappelons-le) à la municipalité. Après, il y eut l’épisode de l’élection de Michèle Rubirola (écologiste) comme maire de la ville, notre grande joie devant la fin des années Gaudin, mais aussi, je crois devant la fin de la vieille culture municipale de Marseille élaborée avec l’élection de G. Defferre en 1953, la fin des habitudes d’une municipalité sans autre projet que le goût du pouvoir et la volonté de le conserver. Mais  nous avions entendu une première fausse note : l’épisode du chassé-croisé de la démission de Michèle Rubirola permettant à M. Benoît Payan de prendre sa place. Enfin, il y a eu la dernière « fausse note » (à moins que ç’ait été la vraie…) : M. Benoît Payan a annoncé qu’il soutient la candidature de Nicolas Isnard, le maire (LR) de Salon, à la présidence de la Métropole. Le parcours de M. Benoît Payan vers la droite semble arrivé à son but. Je ne sais pas ce que les militants et les adhérents du Printemps marseillais vont penser d’une telle position du maire de Marseille.

 

Une « même vision » de la Métropole

Bien sûr, c’est la première question qui vient à l’esprit quand on réfléchit un peu : comment un homme qui se fait passer pour un homme de gauche peut-il avoir la « même vision » de la Métropole qu’un homme se revendiquant  comme un homme de droite ? Ou les mots n’ont plus de sens. La ville, l’espace social, l’aménagement du territoire sont des domaines dans lesquels l’opposition entre la gauche et la droite est la plus marquée, la plus nette. Nous ne connaissons certes pas encore les projets de Nicolas Isnard. Toutefois, il est issu du même parti que Martine Vassal, que M. Benoît Payan, justement, avait combattue. Et je ne crois pas qu’il faille une Métropole « apaisée » : au contraire, plus que jamais, il importe que la Métropole soit engagée, déterminée, conflictuelle s’il le faut. Mais la Métropole est un espace dans lequel il est urgent que le pouvoir soit décidé, marqué – fort, aussi. C’est bien pour cela que nous avons choisi d’élire un maire de gauche à Marseille. Une vision de droite et une vision de gauche d’un espace comme celui de la Métropole s’opposent en tout : la politique du logement, la politique de l’urbanisme et de l’aménagement, la politique des transports, compétences essentielles du pouvoir métropolitain. Quant à la « vision » de la Métropole de N. Isnard, quand on entend G. Cristiani, le maire de Mimet (soi-disant « sans étiquette »), dire, à l’occasion de l’élection du président de la Métropole : « ras-le-bol de politiser les choses », on se demande quel est le sens des élections municipales qui sont un affrontement entre des candidats de différents partis ou appartenances politiques, sinon d’être une confrontation politique. Les élus « sans étiquette » sont ceux qui n’ont pas le courage de reconnaître et d’assumer un engagement, et, en général, ils sont à droite. Faut-il supprimer les élections ? Le ralliement de M. Benoît Payan à Nicolas Isnard participe-t-il d’une telle tentative de dépolitisation des élections ?

 

La relation au R.N.

Quand la question se posait, la relation au R.N. était la grande justification d’un report des voix de la gauche sur la droite au moment des seconds tours critiques lors des élections. « Votez pour moi, sinon le R.N. va gagner ! », clamaient les candidats de droite. Mais nous n’en sommes plus là, puisque M. Benoît Payan annonce son ralliement à un candidat de droite avant même que l’élection du président de la Métropole n’ait lieu. Non : il ne s’agit pas d’un ralliement d’urgence à une candidature, mais de l’adhésion à une  « même vision ». Nous pouvons comprendre le sens de ces ralliements des candidats de gauche à l’extrême droite en cas d’urgence, devant la menace de l’élection d’un candidat R.N. Mais, dans le cas de l’élection du président de la Métropole, il ne s’agit pas d’urgence, mais le fantasme de la violence du R.N. sert d’une sorte de révélateur : les ralliements des candidats de gauche à la droite signifient qu’au fond, il s’agit de candidats dont la vérité est qu’ils sont de droite et que leur discours de gauche est un faux. C’est cela, l’une des incidences majeures de la croissance du R.N. dans la vie politique de notre pays : comme il propose une approche distanciée de la politique, comme il tient un discours que les candidats de gauche n’osent pas tenir, peut-être est-il porteur d’une « véritable vérité » sur les candidats qui se rallient à lui : il leur permet d’être de droite alors qu’ils n’osaient pas le dire. Ainsi, M. Benoît Payan se ralliant à la droite avant même l’élection nous permet de mieux comprendre la position des acteurs politiques – comment les appeler ? Sociaux-démocrates ? – qui tentent de se faire passer pour des acteurs de gauche.

 

La relation à la France insoumise

Ce que cet épisode nous permet aussi de mieux comprendre, c’est la relation aux Insoumis. Alors que, bien décidé à éviter, par tous les moyens, de nous faire courir le risque d’une victoire du R.N. à l’élection municipale, Sébastien Delogu, la tête de liste des Insoumis, annonce son retrait au second tour, M. Benoît Payan nous dit qu’il ne veut pas de ce soutien, qu’il ne veut pas entendre parler d’une fusion de sa liste avec celle de LFI. C’est qu’en réalité, il ne voulait pas fusionner avec la seule liste de gauche qui restait en-dehors de la sienne. Le refus d’une candidature commune avec LFI, nous le savons désormais, n’était pas due à une sorte de règlement de comptes avec les Insoumis à qui il reprochait une violence dans leurs critiques de sa politique, mais M. Benoît Payan préparait, consciemment ou non, un soutien futur aux Républicains à l’élection à la Métropole. Je dis bien « consciemment ou non », car il est possible que ce ralliement n’ait pas été conscient. Mais, s’il n’était pas conscient, peut-être est-ce pire, car il nous révèle quelque chose d’inconscient, donc de plus profond, dans l’identité du personnage. Le refus, à l’occasion de l’élection municipale, d’une candidature commune à la liste des Insoumis et à celle d’union de la gauche signifiait, en réalité, le choix de M. Benoît Payan d’une autre vérité : celle qui sera révélée plus tard par son choix de Nicolas Isnard pour la présidence de la Métropole, c’est-à-dire son adhésion, plutôt, à une politique de droite.

 

La relation aux électeurs de gauche

Le Printemps marseillais s’est fait rouler. Il croyait avoir soutenu et mis à sa tête un acteur politique de gauche, alors qu’il préparait l’accession au pouvoir d’un président Républicain à la tête de la Métropole. Pour ma part, j’avais même voté pour M. Benoît Payan pour être sûr de ne pas voir l’extrême droite accéder à la tête de la municipalité de Marseille. Et puis je croyais que M. Benoît Payan était à gauche. Eh bien j’ai l’impression que la Métropole m’a été volée par M. Benoît Payan, car je ne pensais pas préparer l’accession d’un président de droite à sa tête. Je croyais que c’en était fini des « années Vassal », mais elles se poursuivent. Celles et ceux qui ont soutenu M. Benoît Payan et, plus encore, celles et ceux qui étaient sur ses listes et qui croyaient participer à une action de gauche en militant pour le Printemps marseillais se retrouvent avec une tête de liste qui soutient un candidat Républicain à la tête de la Métropole. Le réveil va être difficile – notamment pour quelques-unes et quelques-uns que je connais pour leur engagement et la clarté de leur parole : leur voix leur a été volée, utilisée pour un choix et un engagement qui sont le contraire des leurs.

 

Une Métropole « au service des maires »

C’est un autre volet du discours de M. Benoît Payan. Il veut que la Métropole redevienne « un outil au service des maires ». Cela signifie trois choses. D’abord, s’il veut qu’elle « redevienne » quelque chose de positif, cela veut dire qu’elle le fut. Or, aussi longtemps que je remonte dans ma mémoire, la Métropole de Marseille n’a jamais été un acteur politique en qui on puisse avoir confiance, un acteur en mesure de susciter notre adhésion. Tard, j’ai fini par comprendre pourquoi Gaston Defferre n’en voulait pas. Même si le personnage était critiquable à bien des points de vue, il arrivait à Defferre d’avoir des idées auxquelles on pouvait adhérer. À Marseille, la Métropole ne fait que brouiller les projets politiques. Et puis elle est trop grande, et les communes qui en font partie n’ont que peu en commun. Ensuite, dans ces mots, il est question des maires, et non des habitantes et des habitants. Alors que la gauche a toujours eu une politique différente de celle de la droite car elle est engagée pour celles et ceux qui vivent dans les territoires qu’elle dirige, dans le discours de M. Benoît Payan, il ne s’agit pas de cela mais d’être « au service des maires », c’est-à-dire de se destiner à soutenir les pouvoirs locaux et à les aider à mieux gouverner, à mieux exercer leur autorité. Enfin, surtout, la Métropole, pour M. Benoît Payan, doit être un « outil », comme ceux qu’on trouve à Bricorama ou à « Monsieur Bricolage ». Nous ne parlons plus de politique, mais de bricolage. Un outil n’est pas fait pour avoir du sens, il est fait pour bien fonctionner, pour avoir des résultats. C’est ce que devient la politique de nous jours – même pour des acteurs de gauche comme M. Benoît Payan prétendait l’être. La politique ne représente plus des actions, il ne s’agit plus de paroles engagées pour changer la société et pour la critiquer. Mais, à l’élection municipale, je n’avais pas voté pour un outil, pour cela, je n’aurais plus eu qu’à aller au magasin de bricolage du coin : j’avais voté pour manifester ma volonté pour « ma » ville. M. Benoît Payan vient de me voler ma voix.

Commentaires

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  1. julijo julijo

    voilà voilà…je partage évidemment.
    je me sens floué également.
    par l’ensemble de cette campagne “payan”.

    d’autant que pendant les 6 dernières années, j’ai cru, à juste titre au départ, qu’on en avait quasi terminé avec les compromissions et magouillages divers de la bande à la nullicipalité précédente. le PM en 2020 m’a fait un peut rêver.

    un vieux socialiste que je fréquente, qui connaît bien les rouages… s’est bien moqué de moi, en me disant : payan (déjà au temps de guérini) rêve depuis des années de devenir maire. le PM ne l’ayant pas investi et même refoulant le ps, il a quitté le ps, et a organisé le switch avec rubirola – se sachant portés par le dégagisme pour gaudin, le pari était jouable –
    ce switch, que j’ai considéré comme légal évidemment, car cela l’était, je suis fort marri d’apprendre que c’était concerté et prévu !! j’ai donc passé du temps à “défendre” un roublard.

    alors, aujourd’hui, et bien je ne suis absolument pas étonné de cette alliance avec isnard. après tout, nationalement le ps prend des positions de soutien des macronistes et de lr, et les injonctions nationales permettaient à payan de se passer de lfi….and so on.

    [il y a parmi les conseillers municipaux nouvellement arrivés aux “affaires” des gens à idéologie variable qui viennent de la mouvance gilles, assante – qui n’ont jamais été à gauche, ne le sont pas, et ne le seront pas ]

    et ce genre de traitrise est tellement courante, que je le répète je ne suis pas vraiment surpris.
    un peu blessé, méfiant, très peu confiant pour la suite, mais pas surpris.

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  2. Regard Neutre Regard Neutre

    Votre tribune exprime une déception sincère et une exigence de cohérence politique que l’on peut entendre. Néanmoins, il me semble important d’introduire un élément de réalité institutionnelle qui nuance votre analyse.

    À l’échelle de la métropole, la gauche n’est pas majoritaire. Dans ce contexte, toute stratégie de gouvernance passe nécessairement par des équilibres et des accords.
    Refuser tout compromis reviendrait, en pratique, à se placer en position d’impuissance, voire à laisser se constituer des alliances alternatives où la droite pourrait, demain, préférer d’autres partenaires moins compatibles encore avec les valeurs que vous défendez.

    Le choix du compromis n’est pas forcément un renoncement idéologique. Il peut être une manière de préserver la capacité d’agir, d’influer, et d’obtenir des avancées concrètes pour Marseille.
    À l’inverse, une logique d’affrontement permanent risque surtout de crisper les positions et de bloquer les décisions, au détriment de celles et ceux qui attendent des améliorations tangibles dans leur quotidien.

    La question centrale est donc peut-être moins celle de la pureté des alliances que celle de leur efficacité.
    Un compromis imparfait,mais utile, vaut mieux qu’une opposition cohérente mais sans prise sur le réel .
    C’est sur ce terrain, celui des résultats concrets, que cette stratégie devra être jugée.

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