Ecotonia, le cabinet d’expertise « naturaliste » qui laboure le terrain pour les bétonneurs
Ce vendredi 4 juillet, un bureau d'études environnement va être jugé aux côtés d'un promoteur par le tribunal de Marseille pour complicité de destruction d'habitat d'espèces protégées. Marsactu s'est penché sur les projets immobiliers qu'accompagne Ecotonia : beaucoup soulèvent de sérieuses problématiques écologiques.
Blocage de militants contre les constructions prévues près du golf de Fuveau, en septembre 2023. (Photo : ML)
Leur nom est rarement connu du grand public. Souvent cachés derrière des promoteurs immobiliers, les bureaux d'études agissent sans faire de bruit. La plupart du temps. Cette semaine, le tribunal judiciaire de Marseille se penche sur un dossier dans lequel l'un d'entre eux apparaît comme prévenu. "C'est la première fois que je vois un bureau d'études environnement mis en accusation", glisse Stéphane Coppey, administrateur de France Nature Environnement 13, coutumier des procès à enjeux écologiques et dont l'association est partie civile dans cette affaire. Ce vendredi 4 juillet, le "cabinet d'expertises naturalistes" et d'ingénierie environnementale marseillais Ecotonia va comparaître aux côtés d'un promoteur. Le chef de prévention ? Complicité de destruction d'habitat d'espèces protégées. Plus précisément, de chouettes chevêches, petits rapaces nocturnes présents à de rares endroits sur le territoire et dont la situation est fortement menacée par la destruction des espaces où ils nichent.
Alors que l'audience se tient ce vendredi, Marsactu s'est penché sur ce cabinet d'études spécialisé en écologie, dont les pratiques sont controversées. Si le nom d'Ecotonia n'évoque rien de prime abord, les projets auxquels le bureau d'études est rattaché attisent rapidement la curiosité : un bon nombre d'entre eux apparaissent déjà dans nos radars pour les problématiques environnementales qu'ils soulèvent. D'un hôtel de luxe avec vue sur mer à Cassis à une résidence accolée à un golf à Fuveau, en passant par un "écoquartier" en bord de marais à Rognac...
Espèce protégée
Je puis d'ores et déjà vous assurer que [mes services] sont intervenus pour enjoindre les acteurs concernés à prendre en compte les enjeux de biodiversité dans leurs projets.
Le préfet, en 2022.
L'affaire jugée ce vendredi se déroule, elle, à Château-Gombert, dans le périphérique et champêtre 13e arrondissement de Marseille. Depuis quelques années, des terrains publics en friche y attirent les promoteurs. En 2021, un permis de construire est ainsi déposé par la SCI Les Lodges du Château sur un terrain du quartier pour y construire neuf villas. Sur cet espace trônait jusqu'alors un vieux mas abandonné. "C'était un terrain où la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) prospectait souvent et avait constaté la présence de chouettes dans la bâtisse", retrace Philippe Musarella, riverain engagé dans une association de protection du cadre de vie. Inquiet de ce permis de construire, ce dernier écrit aux services de l'État. Lesquels prennent l'alerte très au sérieux. "Les éléments exposés ont retenu toute mon attention, lui répond ainsi en février 2022 Christophe Mirmand, le préfet d'alors. Je puis d'ores et déjà vous assurer que [mes services] sont intervenus pour enjoindre les acteurs concernés à prendre en compte les enjeux de biodiversité dans leurs projets."
Marsactu a pu lire certains de ces courriers, envoyés au promoteur, mais également à la Soleam, bras armé de la métropole en matière d'aménagement, qui a vendu le terrain à la SCI Les Lodges du Château et gère la zone d'activit . . .
Vous voulez lire la suite ?
vous voulez lire la suite ?
Bien vu Marsactu.
Un cabinet « d’experts » qui sert les intérêts des promoteurs…
Des liens avec les politiques locaux aussi peut-être ?
Voilà pourquoi sont attaqués violemment les associations, les scientifiques et les militants de la protection de l’environnement qui, eux, sont indépendants et compétents.
Se connecter pour écrire un commentaire.
Marsactu, Économie était aussi intervenu pour l’étude d’impact du Boulevard urbain sud ? Étude très légère pour les Jardins Joseph Aiguier par exemple ?
Se connecter pour écrire un commentaire.
En relation avec le thème du dernier « Bocal » sur les actions judiciaires engagées contre le journal, je trouve cet article particulièrement téméraire, l’atteinte à la réputation de ce bureau est tout de même forte. Mais j’imagine que c’est pesé.
Se connecter pour écrire un commentaire.
Dans le cadre de la liberté d’informer,en général, la jurisprudence protège les journalistes dans les enquêtes d’intérêt public, surtout en matière d’environnement, à condition que la rigueur journalistique soit respectée.
De plus l’article relève de l’intérêt général, repose sur une enquête sérieuse, contient un contradictoire (réponse d’Ecotonia) et n’est en rien agressif dans le ton.
Se connecter pour écrire un commentaire.
Bravo pour cette enquête extrêmement fouillée et passionnante !
Se connecter pour écrire un commentaire.
Dans le monde du contrôle « indépendant » payé par le contrôlé la dérive est courante et l’autorité peut fermer les yeux sans se mouiller
Se connecter pour écrire un commentaire.
Merci pour cet article très intéressant qui peut interroger sur le manque de partialité d’un bureau d’étude qui est financé par le commanditaire de l’étude… Dans la liste des projets aberrants, on peut aussi ajouter le projet immobilier à Velaux par le promoteur HABSIDE qui vise à implanter en plein milieu d’un corridor écologique, des constructions (56) au sein d’un espace boisé de 6 hectares, et à bordure immédiate d’une zone NATURA 2000. Les arguments en faveur d’une annulation de ce projet sont exactement les mêmes que pour celui du projet d’hôtel 5 étoiles à Cassis: Rupture de continuité dans le paysage, risque incendie, problèmes de circulation, de gestion des écoulements pluviaux, atteinte à la biodiversité… Nous vous avions d’ailleurs contacté pour enquêter sur le sujet 😉
Se connecter pour écrire un commentaire.