“Il n’y a pas de rue Ibrahim-Ali mais une école Bugeaud sans que cela fasse scandale”

Interview
le 11 Juil 2020
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Il y a quelques jours des militants décoloniaux mettaient en scène le recouvrement des statues de l'escalier de la gare Saint-Charles. La déléguée générale d'Ancrages, Samia Chabani, propose des panneaux pour contextualiser ces allégories du passé colonial de la ville.

"Notre but n’est pas de dégrader ou d’envoyer au musée ces statues", précise Samia Chabani, qui propose de les recontextualiser avec des panneaux.

"Notre but n’est pas de dégrader ou d’envoyer au musée ces statues", précise Samia Chabani, qui propose de les recontextualiser avec des panneaux.

Il y a quelques jours, des militants décoloniaux se retrouvaient au pied des escaliers de la gare Saint-Charles pour une action de recouvrement symbolique des sculptures allégoriques du passé colonial de la Ville. Il y a quelques semaines, ils étaient quelques milliers à arpenter la ville en écho à la mort violente d’un homme noir, étouffé par un policier, un genou sur sa nuque, l’américain George Floyd, mais aussi pour le Français Adama Traoré (lire notre interview de l’une des organisatrices de la manifestation). Au-delà de la capacité d’une image à parcourir le monde et à soulever une vague d’indignation, ces mobilisations racontent la façon dont l’entrechoc des mondes qu’ont connu les siècles passés affleure encore sur la pierre de nos villes et modèlent encore les rapports sociaux.

Ce mercredi, l’association Ancrages diffusait sur les réseaux sociaux des sous-titres qui auraient pu replacer dans leur contexte historique ces représentations féminines à demi-nu comme symbole d’un imaginaire colonial toujours présent. Par ce geste, l’association de recherche et médiation sur l’histoire et les mémoires de l’immigration souhaite créer un dialogue autour de ces statues et des noms de lieux à Marseille.

Déléguée générale de l’association Ancrages, membre du comité présidentiel des villes, Samia Chabani explique le sens de sa démarche et revient sur les obstacles institutionnels rencontrés.

Qu’est-ce que la présence de ces statues à l’entrée de la ville dit de notre rapport au passé colonial à Marseille ?

Le boulot historique a été fait par des historiens comme Émile Temime, Pascal

Samia Chabani. photo : D.R.

Blanchard, Jean-Marie Guyon. De nombreux historiens ont contribué à lever le voile sur l’historie coloniale à Marseille. Le problème n’est pas l’histoire ou la recherche. Le problème réside dans la déclinaison de ces recherches dans la gestion patrimoniale des objets coloniaux présents dans l’espace public. Comment crée-t-on des espaces de réflexion avec les citoyens sur ce patrimoine ? Que cela soit sur le patrimoine statuaire ou la toponymie de la ville, dans les espaces publics ou via les collections comme celle de la fondation Regards de Provence, qui a un fonds orientaliste fabuleux. C’est là où le bât blesse. Pour l’instant, nous avons affaire à un refus de mettre en dialogue ce patrimoine qui crée des tensions.

Dans les équipes, cela bouge. En revanche, les élus à la culture des collectivités locales que sont la région, le département ou la Ville qui gèrent ces équipements patrimoniaux, ne veulent pas poser cette question. Ils en ont très peur parce qu’il existe encore une composante sociale de notre territoire, de pieds-noirs, des personnes pour qui la perte des colonies a été un trauma et qui ne veulent pas être en dialogue sur cela.

C’est comme si tout le prestige de Marseille se construisait encore autour de la chambre de commerce.

C’est comme si tout le prestige de Marseille se construisait encore autour de la chambre de commerce, de la société de géographie de Marseille qui a mis en œuvre la conquête coloniale. A contrario, une partie de la société civile ne se sent pas représentée dans cette institution patrimoniale, pas considérée comme un groupe social, citoyen de la ville. Ce décalage pose problème et va générer des conflits.

Avant de rendre publics les cartels qu’on propose, nous avons sollicité des rendez-vous avec la préfecture. On peut mobiliser un comité de pilotage autour de ces questions patrimoniales. Il ne s’agit pas de faire les choses entre nous. C’est une première invitation au dialogue. Mais il ne faut pas se faire d’illusion. Quand on voit comment le conseil régional finance un centre de documentation sur l’histoire de l’Algérie, à Aix, et comment ils ne financent pas Ancrages, cela dit beaucoup. Il y a un rapport clientélaire aux communautés qui est encore très fort. C’est la réalité.

Quelle a été la réponse de l’État et des collectivités à cette proposition de mettre des sous-titres aux monuments coloniaux ?

Aucune. C’est pour cela qu’on les a rendus publics. Je suis encore un peu trop bien élevée. Il aurait fallu les rendre publics avant. J’ai compris que le seul rapport de force qui compte, c’est le rapport de force médiatique. La jeune femme qui s’est retrouvée en garde à vue la semaine dernière n’a pas dégradé ces statues (lire notre article sur le démenti des militants face aux accusations de dégradation). Elles les a recouvertes d’un film plastique. Elle n’était pas à l’origine de la peinture sur les statues. Je ne suis pas d’avis de couvrir ou de déboulonner toutes les statues et certainement pas celles-là. Même si ce sont des allégories des colonies d’Afrique et d’Asie, elles sont intimement liées à cet escalier. On ne va pas déboulonner tout l’escalier de la gare Saint-Charles.

En revanche, qu’il y ait des cartels explicatifs me paraît être une première solution. Derrière l’histoire des cartels, il y a la question de la mise en débat du système colonial et de ses oppressions. Je ne suis pas très adepte de la commémoration. Je préfère mettre en débat ce patrimoine de façon vivante. C’est comme pour le caractère de port négrier de Marseille. Il est réel mais absent, effacé, invisibilisé.

Cette glorification du colonialisme naît du fait que l’empire français a participé directement à l’essor de la ville et a contribué à enrichir certains négociants de la ville. Par ailleurs certains ont participé directement à la conquête coloniale ?

Absolument. C’est pour cela que je parle de la chambre de commerce ou de la société de géographie. Ces grands patrons, ces notables, ces capitaines d’industrie ont participé directement à la conquête coloniale. Celle-ci est aussi une entreprise capitaliste. Forcément, c’est plus embêtant que la question raciale, pour certains acteurs locaux. Le drame est qu’à Marseille on va couvrir ces deux belles statues – car pour moi elles ont un caractère artistique indéniable – et qu’on va avoir une rue Bugeaud et même une école Bugeaud [général qui a appliqué la stratégie de la terre brûlée lors de la conquête de l’Algérie, ndlr], sans que cela fasse scandale.

Cette jeune femme qui a été mise en garde à vue est venue nous voir 15 jours avant pour savoir quelles étaient les statues qui faisaient l’apologie de la conquête coloniale. Le jour même, elle m’a appelée pour que j’intervienne lors de leur action. Ce n’était pas possible dans un délai aussi court. Mais ce n’est pas normal que ces statues soient présentes dans l’espace public sans que rien n’aide à les recontextualiser.

En terme de représentation justement, le commerce négrier n’a pas de trace visible dans la ville comme cela peut être le cas des ports de l’Atlantique. Comment peut-on l’expliquer ?

La présence noire à Marseille n’est pas liée au passé négrier de la ville. Elle est davantage liée aux compagnies maritimes. Le quartier noir, le petit Harlem de Marseille qui était situé entre Belsunce et l’Opéra, est assez méconnu. Il y a un beau travail fait autour de la postérité littéraire de Claude McKay. Il y a aussi la figure du docker noir et celle du tirailleur sénégalais. Pour donner un exemple concret, il y a deux ans, nous célébrions le centenaire de la Grande guerre. Le département a fait paraître un ouvrage en portant la focale sur Marseille. Il n’y avait pas une ligne sur les soldats coloniaux. Il y avait les femmes, un peu les étrangers dans la guerre. Mais, sur un conflit comme celui-là et la mobilisation colossale des troupes coloniales, c’est un scandale, c’est presque du révisionnisme.

En sachant qu’ils sont tous passés par Marseille avant de rejoindre le front…

Oui. Il y a d’ailleurs un lieu que je souhaitais mettre en lumière davantage, c’est la réplique de la mosquée de Djenneh à Fréjus, les cimetières militaires… Ce n’est pas qu’une question traumatique, c’est aussi une façon de rééquilibrer l’histoire nationale en mettant en lumière le rôle du débarquement de Provence par rapport à celui de Normandie. Cela rejoue la façon dont l’histoire de notre région est présente dans le récit national. C’est un effet de poupées russes avec un jeu d’invisibilisation où on retrouve la région par rapport à la nation, les minorités face à la majorité et, tout en bas, les femmes indigènes. C’est pour cela que recouvrir ces statues est hyper-problématique. Ils n’ont pas recouvert les deux pylônes qui représentent, plus haut sur l’escalier, l’identité grecque et Marseille la porte des suds. Dans cette ville où on n’a toujours pas une rue qui s’appelle Ibrahim Ali, où on a une école qui s’appelle Bugeaud, on ne peut pas ouvrir un chantier sur cette question patrimoniale ? La recherche existe, la société civile est prête, les publications existent, des expositions ont eu lieu sur ce thème et malgré cela, ça bloque. Et c’est le politique qui bloque.

N’est-ce pas là un mélange de clientélisme et de frilosité ? Le vote pied-noir compte peu aujourd’hui.

Il n’est plus décisif depuis longtemps. Quand nous avons fait une journée d’étude autour de la figure de Benjamin Stora [historien des guerres de décolonisation, spécialiste de l’Algérie, ndlr], nous avons reçu des courriers de menace, parce que c’est Stora. Cela persiste encore. Mais prenons un exemple positif : le musée national de l’histoire des migrations [dont Benjamin Stora est le président, ndlr] a été mis en place dans un ancien palais des colonies, celui de la Porte Dorée. C’était très contesté par les acteurs associatifs. Mais un formidable travail pédagogique pour expliquer ce que signifie son fronton qui présente les différents peuples de l’empire a été fait. Il faut que nous ayons la même démarche pédagogique à Marseille.

En installant un musée de cette histoire à la chambre de commerce ?

On peut faire un musée des colonies au palais de la Bourse.

J’y arrive. Aux quatre coins du palais de la Bourse, il y a une représentation des quatre continents de l’empire colonial. On peut y faire un musée des colonies mais pas comme le préconisait le maire de Marseille et Jean-Jacques Jordi [historien spécialiste des pieds-noirs, ndlr], qui voulaient un institut d’outre-mer. Même le terme ne va pas : les médailles coloniales que l’on donnait aux combattants pour leurs faits d’arme sont devenues les médailles d’outre-mer sans qu’on touche à leurs symboles. Il faut tous que nous décolonisions nos esprits. Même les personnes qui sont touchées à titre personnel, familial, par cette histoire, sont influencées parce que nous avons appris à l’école.

Ce n’est pas moi qui ai proposé ces plaques et leur contenu mais Gérard Planchenault, notre trésorier car il a consacré un important travail de recherche sur ces statues. Il n’est pas issu des colonies mais écrit tout de même que ces statues peuvent heurter certains groupes sociaux. Notre but n’est pas de dégrader ou d’envoyer au musée ces statues. Pour nous le musée, c’est la ville.

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Commentaires

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  1. raph2110 raph2110

    Patrimoine, des lieux, des statues, des ornements, une évocation du passé aux hommes d’aujourd’hui pour savoir et comprendre les diverses périodes qui ont traversé le temps d’une nation, d’un pays, d’une région ou d’une ville. Il conviendrait alors de poursuivre ce travail de transmission par de nouvelles désignations de noms de rues, de créations d’oeuvres pour rappeler des événements marquants. Le décès de M. Ibrahima qui en constitue malheureusement un bien triste, incarne aussi le symbole d’une haine de l’autre qui n’a pas sa place en France. C’est le sens des commémorations qui lui sont destinées depuis plusieurs années et qui réunissent un grand nombre de femmes et d’hommes politiques à cette occasion. Sans doute qu’il faut aussi un peu de courage pour passer d’une représentation républicaine éphémère à une représentation matérialisée qui s’inscrirait dans le temps pour marquer la volonté d’une société qui refuse une quelconque forme d’inhumanité et d’intolérance.
    Dans le même esprit, je serai curieuse de savoir combien de plaques, stelles, monuments commémoratifs existent pour souligner l’engagement des républicains espagnols dans la résistance française. Eux qui après avoir été «accueillis» en France sur les plages gelées des Pyrénées orientales en plein hiver, traités d’indésirables, retenus dans des baraquements cernés de fils barbelés, renvoyés dans des camps pour des travaux forcés ou de concentration et qui ont su dépasser ces humiliations pour poursuivre leurs idéaux républicains. Eux qui se sont activement engagés, ont combattu dans les maquis, ont largement contribué à la libération de la France et dont l’histoire à même voulu effacer les noms espagnols des chars qui sont entrés avec le Général De Gaulle à la libération de Paris. Combien ???

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    • Magnaval Magnaval

      Tout à fait. Les jérémiades communautaires de gens qui ne connaissent même réellement pas leur pays d’origine mais qui se permettent de donner des leçons de morale à la terre entière commencent à être fatigantes. Des rues d’Alger portent aujourd’hui le nom de criminels terroristes, assassins d’innocents lors de la guerre d’indépendance. Qui s’en offusque ?
      L’Algérie, en particulier, a développé une névrose post coloniale d’autant plus tenace que le pays a totalement raté son indépendance. Il est tellement plus facile d’accuser la France de tous les maux que d’interroger le régime déprédateur et criminel du FLN.

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  2. ANCRAGES ANCRAGES

    Je n’accuse pas la France, je suis française !
    Je ne suis pas algérienne. Les luttes des algériens pour recouvrer leur indépendance sont légitimes et respectables, illustrées par le hirak, aujourd’hui !
    Le passé colonial est largement traité historiquement… reste à poursuivre par l’éducation nationale et l’éducation au patrimoine.

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    • julijo julijo

      La réaction de “magnaval” et ses réflexions sur l’Algérie ….. fort douteuses, réaction en fonction de votre patronyme….. ( et c’est une “jérémiade communautaire” dans l’autre sens !!) me consterne, m’interpelle bien davantage que quelques statues souvent sales, exposées dans les parcs et sur les escaliers….
      Oui l’histoire de France est ainsi, il y a un passé colonial…. il y a également un racisme tellement imprégné …. et c’est un délit !! bah ! l’ignorance pas encore.

      je considère qu’il y a un sacré boulot d’éducation avant de déboulonner, peinturlurer…. des statues que plus personne ne voit dans la sphère publique, mais votre idée de “panneaux pour contextualiser” me plait bien.

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    • Magnaval Magnaval

      Vous parlez de gens dérangés par la présence de ces statues dans l’espace public. Ces statues ne dérangent que ceux qui veulent l’être, manipulés par des minorités nuisibles. Votre désir de mettre en perspective est louable, mais vouloir donner de la signification à ce qui n’est, aujourd’hui encore plus qu’hier, qu’un objet décoratif est superfétatoire.
      En l’occurrence, ces œuvres d’art n’ont pas été « contextualisées » mais vandalisées. C’est un délit pénal.

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    • Magnaval Magnaval

      En quoi mes commentaires sont-ils douteux ? Vous considérez que la situation de l’Algérie 60 ans après la décolonisation est enviable ? C’est la France qui a provoqué la guerre civile et les luttes de clans pour la manne pétrolière, peut-être ? Un pays qui se vautre dans le passé pour oublier les turpitudes du présent n’a pas d’avenir.

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    • Magnaval Magnaval

      En effet, l’éducation est indispensable.
      Auguste Carli s’écrit avec un i, pas un y.

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    • julijo julijo

      Magnaval, j’ai dit “douteux” le rapprochement du nom de la déléguée d’Ancrages, avec l’Algérie -peut être est-elle suisse, à l’origine !-….. je redis douteux pour cette phrase “jérémiades communautaires de gens qui ne connaissent même réellement pas leur pays d’origine”
      par expérience je sais que beaucoup de gens dont le pays d’origine (???) est la France, ne connaissent rien, mais rien à l’histoire de notre doux pays…
      je vous laisse vos jugements sur l’Algérie..je ne connais pas suffisamment la situation pour pouvoir en parler, comme vous de manière péremptoire.
      petit sourire : oui carli avec “i” c’est un patronyme d’origine corse….mais les noms propres n’ont pas d’orthographe….

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  3. Titi du 1-3 Titi du 1-3

    Marignane, avenue du Général Raoul Salan ! Est ce bien nécessaire ?

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    • manudu83 manudu83

      La solution choisie par Toulon : Rond-Point colonel Salan est originale et permet d’honorer le militaire actif dans la libération de la Provence après le débarquement du 15 aout, sans parler du général terroriste responsable de l’OAS.

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  4. Brallaisse Brallaisse

    Fatigant cette repantance
    Fatiguant cette culpabilisation
    Si l’on veut une réécriture de l’histoire par des idéologues il faut déjà qu’ils connaissent la leur et ne pas être sélectifs.
    Romains, Arabes, Africains ont pratiqués aussi l’esclavage au même titre que les Européens. Les uns n’excusant pas les autres. Mais l’histoire à charge n’est pas de l’histoire.
    Alors si l’on veut faire de l’histoire politique allons s’y gaiement. Nous pouvons aussi ressortir toutes les saloperies depuis l’an mil que notre pays à subit.
    Cela ne serait d’ailleurs pas intelligent
    Alors, oui faisons un lieu d’expliquation’ en nous évitant le péché originel et faisant de l’histoire, la vraie

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    • manudu83 manudu83

      Le fait que les romains, arabes ou africains aient aussi pratiqué l’esclavage n’est pas une excuse.
      Les turpitudes des autres n’excusent nos propres turpitudes.

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    • Magnaval Magnaval

      « Les notres «  ? Vous possédez des esclaves ?

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    • Pierre Pierre

      Fatiguants ?
      Ben fallait faire attention !
      Vous ne seriez alors pas “fatigué” de la repentance.
      Quand on se trompe, on s’excuse.
      Question d’éducation.

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Manudu 83 le politiquement correct exclue toute analyse.Votre réaction est symptomatique, ce qui est bien souligné avec humour par Magnaval.
    Il va falloir vous repentir pour Azincourt, Marignan, la guerre de 100 ans, la Moskowa, Poitiers et la guerre des boutons.
    La flagellation n’est pas une bonne solution, passez un peu plus de temps avec les bons historiens, vous serez plus cool, plus clairvoyant et surtout moins traumatisé.

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    • manudu83 manudu83

      je vous rassure, je vis très bien l’histoire de mon pays avec ses éclats et ses ombres, je ne nie ni les uns, ni les autres, je les prends comme un tout. Surtout que n’étant français que de manières récentes (mon plus lointain ancêtre français a été acheté, non pas en tant qu’esclave mais en package avec la terre sur laquelle il vivait la Corse), je pourrai me sentir étranger à des reproches remontant à une époque ou ma famille n’était pas française (du temps de Colbert, nous étions pisan, piémontais, napolitain et même ottoman) mais je prend l’héritage sans réserve.

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    • Louise LM Louise LM

      Cette façon de fuir le débat sur la mémoire de la colonisation française en citant d’autres temps , d’autres lieux est tristement risible.
      On se croirait dans une cour d’école “ah m’sieur ya pas que moi !”
      C’est de la colonisation française dont on parle, il ne sert à rien de proclamer que d’autres pays ont colonisé
      La France qui adore condamner les crimes commis par d’autres pays devrait accepter qu’on parle aussi de ceux qu’elle a commis.
      ça s’appelle la lucudité

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    • Louise LM Louise LM

      oups ! lucidité !

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  6. manudu83 manudu83

    Pour finir, je fais mienne cette phrase de Renan, sur ce qui fait une nation :” Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l’avenir un même programme à réaliser “

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  7. Brallaisse Brallaisse

    Voyez Corse moi même, je suis parti aussi dans votre démarche à l’époque, peuple jamais vassal, jamais soumis, tu parles. D’abord les Corses n’ont pas été vendus, deuxièmement beaucoup se sont vendus aux Génois et ensuite aux Français. Enfin, permettez moi de vous rappeler que les députés de Corses sont allés à Paris demander l’intégration dans la République Française. Mais cela aujourd’hui les nationalistes l’oublient. Ce qui ne veut pas dire que tout est parfait là bas.
    Concernant l’héritage, tous les gens viennent de quelque part, mais assumer les turpitudes de ses ancêtres ou de son pays faut arrêter. Il faut arrêter, non pas pour oublier, mais du fait que cela tourne souvent au business,en plus.
    En revanche tout à fait d’accord avec la deuxième partie de la citation de ce bon Renan.
    Enfin l’héritage fait partie de nous tous et heureusement, c’est une histoire en tant que telle, mais nous ne pouvons pas être responsable du passé. Cela n’a pas de sens. Vous me dites que vous êtes quelque part ottoman, devrai_je vous traiter d’assassin d’Armeniens ?. Sûrement pas.
    L’héritage est là pour nous aider à corriger les erreurs pour assurer un meilleur futur et là nous sommes bien d’accord.

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  8. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Ils sont intéressants, tous ces commentaires. Je suis d’une génération où l’Histoire enseignée à l’école était très franco-centrée (pour ne pas dire parisiano-centrée), et célébrait la gloire et les succès de la Nation en oubliant un peu trop sa part d’ombre. Celle-ci existe aussi, pourtant.

    Il ne s’agit ni de réécrire le passé, ni de déboulonner des statues, mais d’accepter de voir factuellement ces deux faces de la réalité. Or dans ce qui reste une fois qu’on a tout oublié, on trouve plus une sorte de mythologie qu’une réelle culture historique.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Une nation c’est une langue et une histoire. Histoire ou plutôt roman national. Ce roman fait le lien entre les citoyens, à ceci près que les historiens doivent régulièrement apporter leurs éclairages afin d’expliquer sans justifier dans un sens où dans un autre. En matière d’histoire en France tout est permis sauf le negationisme, ce qui est juste. Tout peut être décrit, tout peut être expliqué par des chercheurs de toutes opinions et de façon contradictoire. Face aux agitateurs professionnels, aux minorités qui souhaitent détruire l’ Etat, ces derniers usent de tous les moyens. Les thèmes avancés actuellement en sont l’illustration parfaite.
      Notre pays, comme tous les pays du monde n’a pas toujours été bien’ inspiré et le mot est faible. À ce constat deux observations s’imposent, pas d’anachronisme et pas de simplification réductrice.
      Je suis de l’ancienne école et j’ai eu la chance d’avoir des professeurs d’histoire, critiques Pas d’intraveineuse de Napoléon, de Louis XIV, ou bien de Mirabeau à la fois au lycée ou à la Faculté. Malheureusement l’éducation nationale ne fait pas le job, et les télévisions publiques ne le font pas aussi.
      Il est vrai que les histoires de Laeticia contre Laura ou bien de Meghan et Harry semblent plus pationner le grand public. C’est dommageable car l’on peut se poser la question de savoir ce qu’il se passe quand la culture disparaît ?.
      J’ai mon opinion sur ce sujet, mais il suffit d’examiner l’histoire pour avoir la réponse

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    • Brallaisse Brallaisse

      Une nation c’est une langue et une histoire. Histoire ou plutôt roman national. Ce roman fait le lien entre les citoyens, à ceci près que les historiens doivent régulièrement apporter leurs éclairages afin d’expliquer sans justifier dans un sens où dans un autre. En matière d’histoire en France tout est permis sauf le negationisme, ce qui est juste. Tout peut être décrit, tout peut être expliqué par des chercheurs de toutes opinions et de façon contradictoire. Face aux agitateurs professionnels, aux minorités qui souhaitent détruire l’ Etat, ces derniers usent de tous les moyens. Les thèmes avancés actuellement en sont l’illustration parfaite.
      Notre pays, comme tous les pays du monde n’a pas toujours été bien’ inspiré et le mot est faible. À ce constat deux observations s’imposent, pas d’anachronisme et pas de simplification réductrice.
      Je suis de l’ancienne école et j’ai eu la chance d’avoir des professeurs d’histoire, critiques Pas d’intraveineuse de Napoléon, de Louis XIV, ou bien de Mirabeau à la fois au lycée ou à la Faculté. Malheureusement l’éducation nationale ne fait pas le job, et les télévisions publiques ne le font pas aussi.
      Il est vrai que les histoires de Laeticia contre Laura ou bien de Meghan et Harry semblent plus pationner le grand public. C’est dommageable car l’on peut se poser la question de savoir ce qu’il se passe quand la culture disparaît ?.
      J’ai mon opinion sur ce sujet, mais il suffit d’examiner l’histoire pour avoir la réponse

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  9. Brallaisse Brallaisse

    Passionner, pardon

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  10. Richard Mouren Richard Mouren

    Passionné Braillasse, merci. Je fais partie de la génération d’après-guerre qui a bénéficié de la volonté de réconciliation franco-allemande d’Adenauer et De Gaulle (que l’on ne peut pas accuser de collaborationnisme). Depuis les relations sont sereines entre nos deux pays. Il est donc possible d’apaiser les tensions et ressentiments si on reconnait l’autre en égal de soi-même et de ne pas rendre les enfants responsables des fautes et crimes de leurs pères. Donc éviter les petites phrases comme “”les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord”. (loi du 23/02/2005 art.4) ou que l’homme africain est en dehors de la modernité et de l’histoire (Sarkozy discours de Dakar, Juillet 2007). Malheureusement la France, grande donneuse de leçons, a continué à coloniser l’Afrique par l’économique (incarné par le prédateur Bolloré) et le politique (soutien aux potentats africains, Foccart, Jean-Christophe “Papamadit” Mitterand). Ces mouvements de militants “décoloniaux” leur permettent de rassembler “contre”, ce qui est plus aisé que de rassembler “pour”. La démarche d’Ancrages me plaît bien, car nous ne pourrons sortir de cette situation de tensions que par la pédagogie. Là, vous avez raison, l’Education Nationale et les médias ne font pas vraiment le job.

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  11. Brallaisse Brallaisse

    Cher Mouren,
    Je parlais d’anachronisme et cela concerne la fin de votre propos. Il ne s’agit plus de colonisation au 21e mais de corruption. Et dans la corruption il y a des corrupteurs et des corrompus.
    Donc effectivement la France doit balayer devant sa porte, mais elle n’est pas la seule pour la raison évoquée précédemment.

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    • Richard Mouren Richard Mouren

      Pour avoir travaillé dans le transport maritime avec l’Afrique (noire et du nord) pendant plus de 30 ans, je peux vous assurer que les échanges économiques entre la France (et pas que) et le continent africain relèvent plus du commerce colonial que du commerce bilatéral équilibré. Je ne pense pas que ça ait changé depuis.

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  12. Brallaisse Brallaisse

    Concernant sa réflexion sur l’ Afrique temoignage d’un ignare, Sarkozy, place le critère culturel au niveau de la taille de sa Rolex,c’est dire

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  13. eolienne eolienne

    La suggestion de l’association Ancrages me plait bien. Il ne s’agit pas de se culpabiliser, de se flageller, il s’agit de reconnaitre la réalité de notre histoire : le meilleurs et le pire au regard d’aujourd’hui. La culpabilité de notre nation comme son maintien de zones d’ombres ne nous permettent pas de nous réconcilier avec l’ensemble des peuples et de comprendre pourquoi existe-t-il des zones de maintien de la pauvreté, pourquoi l’UE dont la France respecte peu les conventions internationales sur la protection des demandeurs d’asile particulièrement ceux qui viennent de nos anciennes colonies. Parlons de la loi sur responsabilité sociales et environnementale des entreprises qui exploitent les Etats du Sud… Si les anciennes colonies ont leur part de responsabilité dans le maintien de leur peuple dans la pauvreté, moi j’ai envie que mon pays ” balaie devant sa porte” à présent et pour l’avenir en reconnaissant sa responsabilité là où elle est.
    En conclusion : effacer le passé en déboulonnant les statues, ce serait faire un palimpseste, au risque de voir ce passé ressurgir sous d’autres formes de dominations, sans comprendre.

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  14. Louise LM Louise LM

    MERCI Marsactu, Merci Samia Chabani pour cet article qui ose poser enfin le problème des monuments marseillais.
    Cela fait des années, sinon des décennies que nous, les marseillais anti-colonialistes souffrons de vivre dans une ville où plusieurs grands monuments très visibles ( à Saint Charles, sur la corniche) sont à la gloire de la colonisation et où il n’y a aucun monument à la mémoire des victimes de la colonisation.
    On parle toujours de la communauté pied noir qui serait un obstacle à cette mémoire. En est-on bien sûr ? Il y a certainement des descendants de pieds noirs et des descendants de colons en Afrique ou en Asie qui n’approuvent pas les violences et les prédations de la colonisation française.
    Malheureusement ils se taisent
    Il n’existe pas de grand livre de mémoire familiale sur ce sujet, comme ça existe par exemple à propos de la collaboration pendant la dernière guerre .
    Je ne parle pas de la recherche historique universitaire qui a fait un travail remarquable, je parle de d’ouvrages et de débat dans le grand public
    L’idée de poser des plaques explicatives sur les monuments existants est très intéressante. Il faudrait ajouter la construction de monuments et statues à la mémoire des victimes. Ce serait un pas important vers la réconciliation

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    • Brallaisse Brallaisse

      La réconciliation n’en est pas pas une, car le terme est je crois mal choisis.
      La colonisation est terminée depuis plus de 60 ans. Certains ressortent de vieux fantômes sans ne l’avoir jamais subie et en ne connaissant même pas l’histoire de leur pays d’origine ou perçu comme tel.
      J’ai assisté il y a quelques temps à une scène surréaliste avec des Antillais agressant des Cajuns en les traitant d’esclavagistes. Complètement hors jeu et anachronique C’était il y a 4 ans.
      En revanche que la France et à Marseille en particulier, que la colonisation qui n’existe plus ne soit pas mis en avant, mais dans cette ville que cette ségrégation odieuse mis en place depuis des années vis à vis des minots soit abolie est une évidence et une nécessité.
      Alors plutôt que de construire du mémoriel, construisont des écoles.

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