La Camargue menacée par l’hubris humain

Billet de blog
le 22 Jan 2026
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Non aux projets climaticides d’autoroute et de ligne très haute tension en Camargue et en Crau

Signataires :


– Manuel Bompard, député des Bouches du Rhône

– Nouriati Djambae, conseillère départementale des Bouches du Rhône

– Sébastien Barles, adjoint au Maire de Marseille, conseiller métropolitain Aix Marseille

– Cyril Girard, conseiller municipal d’Arles,

– Sébastien Mabile, avocat, défenseur de l’environnement

– Jean-Luc Moya, responsable d’Agir pour la Crau

– Jecilla Regad, co-animatrice LFI Arles

– Andrée Reversat, camarguaise, doyenne des Ecologistes provençaux

– Christophe Chaîne, co-animateur LFI Arles

A l’heure du backlash écologique, la prochaine victime du déni climatique et de la folie libérale- productiviste de l’homme risque d’être la Camargue.

La Camargue est un hotspot du péril climatique, avec une inexorable montée des eaux. On constate déjà chaque année l’érosion du trait de côtes que les digues et la main de l’homme ne pourra empêcher.

Celle-ci et sa voisine la Crau, la dernière steppe d’Europe, est menacée par deux funestes projets :

une ligne aérienne très haute tension de 400 000 volts devant relier Jonquières-Saint-Vincent à Fos-

sur-mer et une autoroute devant contourner Arles par le Sud et donc le coeur de la Camargue.

Il est impossible de vouloir ainsi massacrer nos paysages (le contournement autoroutier d’Arles

passe sur le pont Van Gogh magnifié par le peintre) et une biodiversité unique au monde avec ce projet de ligne THT de 65 km avec 180 pylônes (certains de 80m de haut) tandis que des alternatives plus soutenables existent.

Non à la THT

La décarbonation de l’économie ne doit pas être l’alibi pour ne pas transformer notre économie et pour détruire nos espaces naturels d’exception. Cette ligne THT créerait un précédent ouvrant une brèche funeste pour la destruction d’espaces naturels protégés. Nous ne choisirons jamais entre le climat et le vivant !

De plus, la récente étude de RTE sur les besoins en énergie pour la transition industrielle nous laisse plus que sur notre faim en terme de nécessité de cette ligne nouvelle. Ce que l’on voit c’est qu’une part de cette création de THT se justifie par l’explosion de data centers sur notre territoire et que la décarbonation de l’industrie existante ne représente que 17 % des puissances demandées dans les 10 prochaines années (équivalent à la part des data centers). On voit aussi dans cette estimation des raccordements électriques à venir une négligence complète de la sobriété énergétique et une inflation mal justifiée de ces futurs besoins électriques passant de 4 GW à 7 en quelques mois.

Oui à des alternatives

Nous défendons l’alternative proposée par le collectif associatif THT 13/30 qui prévoit, afin de préserver la biodiversité et les terres agricoles de Camargue et de Crau l’enfouissement d’une ligne entre Fos et Jonquières via les digues du Rhône (2GW) et l’ensouillement d’une ligne dans la mer entre Port la Nouvelle et Fos (réhabilitation du projet de la ligne Midi Provence = 2GW).

Batailler contre ce projet de THT est donc essentiel au niveau paysager aussi comme cela avait déjà était le cas au début des années 2000 avec l’annulation par le Conseil d’État de la DUP de la ligne THT Boutre / Carros qui devait traverser comme ici un site classé (gorges du Verdon) au motif que le projet « portait atteinte au caractère exceptionnel du paysage ».

Nous demandons très clairement à l’État et à RTE de renoncer à cette ligne THT aérienne et une orientation des pouvoirs publics vers les solutions alternatives proposées afin de sécuriser le réseau électrique.

Haro sur l’autoroute de contournement d’Arles

Nous déplorons également la logique du tout camion qui continue avec des projets d’infrastructures routières lourdes. La route XXL Fos / Salon (à 500 millions d’euros) ou les contournements d’Arles, de Martigues et de Port de Bouc en sont de parfaits exemples.

Il faut savoir que 78,7% des flux industriels passent par la route. La part modale du rail et du fluvial est dérisoire. Seulement 17 % des containers à Fos sont chargés sur des trains.

Il y a sur ce territoire un réel besoin de massification multimodale (rail / fleuve).

Stop au tout-camion

Il faut cesser de faire des routes. Nous réclamons le zéro euro pour toute nouvelle infrastructures routières et le redéploiement des crédits prévus sur le rail et le fluvial (fret / voyageurs).

Tout grand site logistique ou industriel devra dorénavant se situer proche d’une desserte ferroviaire ou fluvial pour sortir de l’enfer du tout camion.

On peut d’autre part s’interroger sur la sur- concentration de projets industriels dans le cadre du récent débat public sur le territoire du golfe de Fos. Pourquoi avoir négliger d’autres sites industriels en friche autour de l’étang de Berre ? Ne pas artificialiser nos sols pour de nouveaux projets industriels en optimisant les sites en friche déjà artificialisés, doit être une règle d’or.

Le projet climaticide de contournement autoroutier d’Arles doit être arrêté de toute urgence. D’ailleurs, dès 2016, le rapport public Astier considérait ce tracé au sud d’Arles comme trop dommageable pour les terres agricoles et naturelles. Rêve des technocrates des années 80, il est aujourd’hui notre cauchemar.

En effet, le tracé de cette autoroute traverserait le nord de la Camargue et la Crau humide sur environ 13km. 150 hectares agricoles seraient détruits dont plus du tiers en culture biologique. Ces maraîchers, céréaliers, éleveurs, arboriculteurs ou producteurs de foin fortement touchés par l’autoroute font tourner l’économie locale. Ils représentent la base de notre résilience alimentaire. Leur travail est reconnu par différents labels AOC Foin de Crau, AOP Taureau de Camargue et IGP riz de Camargue. Cette autoroute servirait de future limite sud de la ville et le risque de bétonnisation de plusieurs centaines d’hectares de « dent creuse » est réel.

Respecter le vivant

Trois sites Natura 2000 seraient de surcroît impactés et plus de 50 ha d’espaces naturels. Sur le fuseau autoroutier plus de 160 espèces protégées ont été recensées ! Les impacts cumulés des deux projets THT et autoroute seraient particulièrement lourds pour la biodiversité.

Rappelons que l’objectif premier de ce projet est de favoriser le réseau national et international afin d’accompagner la croissance du Grand port maritime de Marseille. Celui-ci est en effet engagé dans une course effrénée au développement logistique et au transport de marchandises mondialisées.

Une Canopée solaire pour couvrir la RN113

Une alternative existe à ce funeste projet. Il s’agit d’interdire le transit des poids lourds par la RN113 passant par Arles, en les détournant vers l’autoroute A9. Et de couvrir sur la partie arlésienne la route nationale d’une canopée solaire. Cette solution innovante permettra de produire de l’énergie photovoltaïque tout en limitant le bruit et la pollution.

Rompre avec les vieux modèles

Il est impératif de sortir de ce logiciel obsolète et dépassé. Le grignotage de terres fertiles, la priorité donnée à la route et aux camions ou aux data centers doit cesser. Cela justifient sinon des offres électriques pharaoniques vendues comme réponse à des besoins de décarbonation. Mais aussi de nouvelles infrastructures routières mettant en péril notre patrimoine vivant et paysager.

Nous exigeons de l’État l’abandon de ces deux projets.

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