JO 2024 : l’Olympe s’installe ici et ouvre ses portes

Billet de blog
le 25 Juil 2024
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Qui peut espérer rejoindre à Paris les plus grandes stars de l’histoire olympique ?

Le plus grand, la meilleure ? De quoi parlez-vous ? Du plus grand nombre de médailles ? De la performance la plus ahurissante ? De la carrière la plus immaculée ? Du plus grand nombre de followers ? Le choix est personnel, donc contestable. Il est difficile, donc contestable. Il est périssable, donc contestable. A quoi bon s’acharner à le défendre ?

Entrons d’emblée dans le subjectif, puisque c’est le fil conducteur de cette chronique. Primo, oukase absolu : l’athlétisme est le roi des sports. Mais qui est son roi ? L’épreuve la plus attendue est le 100 m ? Alors l’affaire semble entendue.

L’Italien Marcel Jakobs peut rééditer sa performance de Tokyo, mais cela paraît assez peu probable. Le « king » restera en tous les cas le Jamaïcain Usain Bolt, et ses neuf médailles d’or sur 100m, 200 m et 4 x 100 m, obtenues aux JO de Pékin (2008), Londres (2012) et Rio (2016). Euh, pardon, huit médailles d’or : le relais jamaïcain de Pékin a été disqualifié – en 2017 ! – pour un malencontreux contrôle positif. Usain Bolt a toujours été préservé de l’affront (le seul parmi une tripotée de sprinteurs de son pays) et a dû rendre sa médaille. Peu importe : il détient toujours les records du monde du 100 m (9 s 58) et du 200 m (19 s19).

On est tenté d’apporter un bémol. Il faudrait ne pas oublier que la médaille d’or des JO de Tokyo (1964) a été obtenue par l’Américain Robert Lee Hayes, dit Bob Hayes ou « Bullet Bob », avec le plus grand écart constaté entre un champion olympique du 100 m et ses adversaires. Le temps capturé manuellement par les chronométreurs n’était que de 10 s tout juste, mais une mesure électronique ultérieure a fixé 10 s 04. Ce qui aurait dû lui attribuer la première marque sous les 10 secondes de l’histoire du sprint. Et tout ça malgré une technique largement améliorable, et sur une piste en cendrée détrempée, dont le couloir n°1 qu’il occupait avait été détérioré par des courses précédentes…

Avant la finale, il avait égaré une de ses « pointes » dans les affaires de son cothurne, le boxeur Joe Frazier (« Si tu recommences, je te casse la gueule ! ») et s’en était fait prêter une autre. Et les sprinteurs qui l’ont encadré sur le podium, le Cubain Enrique Figuerola (4e du 100 m aux JO de Rome en 1960) et le Canadien Harry Jerome (co-recordman du monde en 10 s), n’étaient pas précisément des escargots. Mieux : lors du relais 4 x 100 m de Tokyo, deux coureurs américains blessés ont dû être remplacés pour la finale. Bob Hayes est dernier relayeur et il s’élance avec six mètres de retard sur quatre autres concurrents. Il termine pourtant premier, après avoir chronométré (lancé) en 8 s 6, ce qui reste soixante ans plus tard la performance la plus rapide jamais enregistrée !

Bob Hayes est resté invaincu sur la distance pendant deux ans, de 1962 à 1964. Puis il est recruté par la franchise de football américain des Dallas Cowboys. Il est sacré à deux reprises meilleur marqueur de touch-downs de l’année, et gagne le Super Bowl en 1971. Il reste le seul champion à avoir atteint le sommet de deux des disciplines favorites du public américain. Mais une fin de vie agitée entache son image, et le souvenir qu’il a laissé. C’est bien dommage.

En l’absence de sa compatriote Elaine Thopson-Herah, double tenante du titre sur 100 m et 200 m, la reine du sprint pourrait être la Jamaïcaine Shelly-Ann Fraser-Pryce, mais il lui faut récupérer son trône, ce qui ne sera pas une mince affaire même si elle sera réglée rapidement. « Mommy Rocket » est âgée de 37 ans, et détient déjà deux titres olympiques sur 100 m (Pékin 2008 et Londres 2012), plus un titre en relais 4 x 100 m, dix titres mondiaux, et une kyrielle de médailles de toutes les couleurs dans toutes les compétitions. Son couronnement serait néanmoins une immense surprise, bonne raison pour l’espérer bien fort.

En élargissant la mémoire des stades au-delà des sprinteurs, le choix est vaste.

Les Norvégiens Jakob Ingebrigtsen (1 500 m et 5 000 m) et Karsten Warholm (400 m haies) sont favoris pour conserver leur titre. Comme Armand Duplantis, le perchiste suédois, ou Gianmarco Tamberi. Le sauteur en hauteur italien doit être en train de préparer son nouveau show, lui qui brigue la succession de Usain Bolt comme animateur n°1 de la piste. Il avait déjà fait très fort lors des récents championnats d’Europe. Deux hommes sont en mesure de réaliser le difficile triplé olympique : le lanceur de poids américain Ryan Crouser et le marathonien kényan Eliud Kipchoge.

Côté féminin, la nouvelle championne d’Europe du saut en hauteur, la ravissante Ukrainienne Yaroslava Mahuchikh, est promise à une énorme ovation du public si elle s’impose. L’heptathlonienne belge Nafissatou Thiam est en lice pour un 3e titre consécutif, ce qui serait du jamais vu dans les épreuves combinées et la porterait aussitôt parmi les déesses de l’athlétisme.

On peut s’attendre aussi à des exploits ponctuels, mais fulgurants. Imprévisibles par définition. Comme la course de Wayde Van Niekerk, le sprinteur sud-africain, sur le 400 m des JO de Rio en 2016, qui est restée dans l’ombre des succès éclatants et attendus d’Usain Bolt. Mais elle a déjà été racontée…

Bon, et à part l’athlé ? Les TV américaines entretiennent fidèlement, pour l’instant, une parenthèse olympique dans le déferlement des disciplines professionnelles qu’elles proposent continument à leur public : basket, foot US, baseball, hockey, sports de combats, puis plus récemment soccer (notre football), catch, MMA. Plus les séries sur les disciplines à découvrir…

Privés de l’indispensable oxygène médiatique, d’anciennes disciplines vedettes du programme olympique sont elles-mêmes périssables. L’haltérophilie est moribonde, la boxe est gravement menacée et l’escrime décline doucement.

La lutte est une discipline éternelle, qui figurait déjà au programme des Jeux de l’Antiquité et a gardé pour toujours la mémoire de Milon de Crotone (VIe siècle avant JC). C’est un sport sain et admirable, quoiqu’un peu difficile d’accès pour un public profane. Son déclin médiatique est profondément navrant. Il pourrait s’ouvrir, s’il le souhaitait, à des combattants privés de l’audience olympique dans de nombreux pays où il est populaire dans sa forme locale traditionnelle, notamment en Asie et en Afrique.

La mainmise progressive des Soviétiques sur la discipline peut expliquer pourquoi les TV américaines, devenues omnipotentes dans la conception du programme olympique et la promotion des stars, ont choisi de dédaigner le sport tant vanté par l’écrivain John Irving. L’icône russe de la lutte gréco-romaine, Alexandr Karéline, a été médaillé d’or chez les lourds à Séoul (1988), Barcelone (1992) et Atlanta 1996). C’était insupportable, et il a été enfin battu en finale par l’Américain Rulon Gardner en 2000 à Sydney. Il a gagné 887 de ses 889 combats en compétitions officielles. Mais cet homme des bois a toujours été un fidèle soutien de Poutine…

Le judo pourrait consacrer à Paris la plus grande vedette de son histoire, si le Français Teddy Riner parvient à gagner son troisième titre, et sa cinquième médaille individuelle.

Le spectacle du sport est simplement constitué : les stars olympiques émergent le plus souvent dans les épreuves individuelles, alors que les champions les plus fortunés et les plus populaires émargent des disciplines collectives professionnelles. LeBron James devrait être la star de l’équipe US de basket, malgré une rude concurrence. Mais même lui devrait partager sa gloire avec ses coéquipiers.

Il faut en profiter tant que c’est permis : les projecteurs se braquent pendant une quinzaine de jours tous les quatre ans sur la gymnastique, la natation et l’athlétisme.

Chez les gymnastes, l’Américaine Simone Biles bénéficie déjà de la place de n°1 dans l’histoire de sa discipline, et elle devrait renforcer cette image aux JO de Paris. Son mérite et sa longévité sportive lui ont permis de remplir son panier de médailles, dans un sport qui multiplie les récoltes, et de prendre la place des icônes déchues, comme la prodige roumaine Nadia Comaneci.

L’Américain Michael Phelps, recordman absolu des médailles (28) et des titres (23) collectionnés dans les bassins entre 2004 et 2016, reste (à jamais ?) hors d’atteinte.  Sans l’approcher, sa compatriote Katie Ledecky pourrait détenir les records équivalents chez les nageuses si elle brille à Paris, comme c’est possible, sur 200 m, 400 m et au relais 4 x 200 m.

Un Français, entraîné aux Etats-Unis, peut se hisser au sommet de la natation, et ce n’est pas la même chose que de remporter un titre. Léon Marchand brigue titres et médailles sur 200 m brasse, 200 m papillon, 200 m et 400 m 4 nages. Il pourrait ainsi chiper la vedette à Paris aux purs sprinteurs avec une razzia inédite dans trois spécialités qui ne demandent pas les mêmes qualités.

De son côté, Florent Manaudou, porte-drapeau de la délégation française, s’il obtient une 4e médaille sur 50 m nage libre, rejoindrait Michael Phelps, unique nageur quatre fois médaillé sur une même épreuve olympique (200 m papillon et 200 m 4 nages).

Ces affirmations pontifiantes ne demandent qu’à être envoyées illico à la poubelle, c’est le but des Jeux !

VIGNETTES

¤ Les trois sélections françaises qui débutaient leur compétition jeudi 27 juillet, en handball et foot féminin et au rugby à VII masculin, ont souffert mais se sont imposées. Les rugbymen seront opposés à l’Afrique du Sud en demi-finale, mais ne sont pas encore assurés d’une médaille. Battre les Springboks en demi, ce serait une nouveauté…

¤ Le rugby à VII masculin a éliminé huit de ses douze sélections dès le jeudi soir, soit bien avant la cérémonie d’ouverture. Les équipes privées de demi-finale pourront défiler sur la Seine si elles le souhaitent, et profiter un peu de l’ambiance du village, puisque leur compétition n’est pas tout à fait terminée. Des matchs de classement sont prévus et tout le monde jouera samedi.

¤ Les supporters de l’OM qui ont assisté au Vélodrome à la victoire (3-0) de l’équipe de France de foot ont peut-être sursauté en découvrant dans l’équipe américaine le nom d’un certain Djordje Mihailovic, auteur d’un coup de pétard qui a atterri sur la transversale du but français. C’est simplement un homonyme, et non pas un parent, du Serbe Sinisa Mihailovic qui avait gagné la Coupe d’Europe des Champions avec l’Etoile Rouge de Belgrade en 1991, face à l’Olympique de Marseille. Sinisa, qui est décédé en 2022 d’une leucémie à l’âge de 53 ans, était réputé pour la puissance de sa frappe et les qualités de ses coups francs (43 dans le championnat d’Italie, et une fois trois réussis dans le même match !).

 

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