Dans la poussière d'Euroméditerranée
Quartier chantier

Dans la boîte noire d’Euroméditerranée, l’opération qui fabrique la ville nouvelle

Décryptage
le 18 Nov 2025
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[5/6] C'est la plus grande opération d'aménagement urbain d'Europe. Mais qui, exactement, construit Euroméditerranée, qui s'étale de plus en plus vers le nord de Marseille ? Pour ce cinquième épisode de notre série Quartier chantier, Marsactu plonge dans les coulisses de la fabrication de la ville nouvelle.

Le projet Euroméditerranée comprend différents écoquartiers parmi lesquels Smartseille. (Photo : Felice Rosa)
Le projet Euroméditerranée comprend différents écoquartiers parmi lesquels Smartseille. (Photo : Felice Rosa)

Le projet Euroméditerranée comprend différents écoquartiers parmi lesquels Smartseille. (Photo : Felice Rosa)

Visibles depuis les deux autoroutes qui traversent le nord de la ville, les tours d'Euroméditerranée poussent comme des champignons, en rangs serrés, entre le faisceau de voies ferrées du Grand Port maritime et l'ancienne gare du Canet. Au gré des avancées de l'opération d'aménagement, un bâtiment s'ajoute aux autres, à une vitesse de construction à nulle autre pareille. Parfois, des tours de passe-passe s'opèrent sur les plans qui dessinent ces projets.

Quand certains doivent sortir de terre sans annonce préalable, d'autres disparaissent sans tambour ni trompette. Il en va ainsi d'un projet de parking en silo, surmonté d'un espace "ludico-sportif", qui devait s'installer sur l'avenue Cap-Pinède, à proximité du marché aux puces. Le bâtiment devait accueillir le premier complexe marseillais dédié aux sports de sable, dont Joël Cantona est un des actionnaires. Il devait être inauguré en 2025. Puis en 2027 ou 2028. Avant de rejoindre les oubliettes. "J'ai appris au détour d'une réunion sur un tout autre projet qu'il était abandonné, concède Éric Méry, adjoint au maire de Marseille à l'urbanisme. C'est dommage, parce que ce type de projet est un peu démonstrateur." Le cas est typique de la boîte noire d'Euroméditerranée, dans laquelle se fabriquent des pans entiers de la ville. Pour ce dernier article de notre série Quartier chantier, Marsactu plonge dans les rouages de cette ville nouvelle qui se bâtit sur le littoral Nord de Marseille.

Glissement d'îlots

À quelques mètres de là, Marsactu racontait comment l'Autorité environnementale avait vu surgir de terre un immeuble d'habitation, sur un îlot où n'étaient prévus que des bureaux. "Un simple glissement de l'îlot 5B1 au 5B2, affirme-t-on du côté de l'établissement public. Du fait, notamment, du choix d'implanter un nouveau jardin aux Fabriques." L'apparition comme la disparition, et ce projet qui pousse l'autre comme un jeu de dominos, sont symboliques de la façon dont se fabrique cette ville nouvelle, dans un temps long, soumis aux aléas économiques.

D'ailleurs, le projet de complexe ludico-sportif avec stade de sable sur le toit n'est pas abandonné. "Il se fera, mais plus tard, assure Samia Ghali, la maire adjointe déléguée aux grands projets. Le porteur de projet est en train de revoir son modèle économique." La même réflexion sur le "modèle économique" est mise en avant par Bouygues, le promoteur, comme par les techniciens de l'établissement public.

Mais qui exactement décide de la manière dont se construit ce bout de ville ? Les promoteurs, filiales locales du géant du béton ? Les techniciens d'Euroméditerranée ? Les politiques ? Et, surtout, quels sont les principes qui guident leur action ?

Eurom . . .

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Violette Artaud
Benoît Gilles
Journaliste

Commentaires

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5 commentaires


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  1. Pascal L

    « Cela permet de construire moins de places, peu rentables, » Oui mais aussi moins d’espaces communs (rues très étroites en rapport avec la hauteur des immeubles) et moins de parcs, car non rentables. Le collège public aussi doit faire partie du non rentable.

    À l’extrême nord de cette zone, le « projet de parking en silo, surmonté d’un espace “ludico-sportif”, » qui devait lui même surmonté un supermarché est donc « abandonné ». Hier j’ai traversé la zone à pied. J’ai tenté de traverser le marché au puces mais la sortie sud vers le LIDL est maintenant fermée. Le lundi les magasins de légumes sont fermés mais la vente de produits illicites est très active, une centaine de personnes présentes à toutes les extrémités reçoivent les clients. La réparation automobile sauvage fonctionne aussi à plein.

    Difficile d’imaginer que des gens vont se précipiter pour habiter le quartier avec un tel entourage.

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    • Patafanari

      Ce ne sont pas des immeubles construits pour habiter mais pour faire tourner de l’argent. Après si des gens s’y installent pourquoi pas ; mais
      c’est secondaire.

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  2. Delft

    Comment défigurer une ville ….. ces promoteurs sont des criminels de l’urbanisme ! ils fabriquent des quartiers ou le « style » carcéral est légion et où « habiter » rime avec « enfermés ».
    L’humain est méprisé ainsi que l’art de l’habitat. Ici tout est construit à la va vite, aux oubliettes l’intelligence et le savoir faire, couvert par des politiques opportunistes, c’est triste à pleurer pour Marseille.

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  3. Lucien LAURENT

    Marseille est une ville de villages et là on construit des immeubles en enfilades. Ils sont où les commerces de proximité, les places arborées. Dans 10 ans ces quartiers seront les quartiers nord d’aujourd’hui.

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  4. Forza

    Merci une fois encore d’avoir fouillé le sujet, même si je ne vois pas l’intérêt de multiplier les petits mots assassins qui affaiblissent le discours plutôt qu’autre chose. Est-ce qu’il n’y a pas suffisamment d’éléments à charge pour pouvoir se passer des « doux noms », « pompeusement », « heureux lauréat », etc. ?
    On peut alors se dire à la lecture que Eiffage a bien fait de ne pas vous répondre. Dommage car ce sont les promoteurs d’Euromed avec lesquels ont peut avoir les discussions les plus intéressantes et à ma connaissance les seuls dont les dirigeants se sont investis franchement et humainement dans le projet, tous promoteurs qu’ils sont, et auraient pu vous sortir autre chose que des éléments de langage.
    Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus, je me permets donc de citer cet excellent article universitaire sur Smartseille https://journals.openedition.org/tem/10881
    Egalement quelques imprécisions mais qui ne sont probablement pas de votre fait, par exemple la définition du logement intermédiaire, qui n’a nullement pris fin avec la suppression du Pinel, bien au contraire (cf. paragraphe « Dans la cuisine de la mixité sociale programmée » ici, avé la boîte de Doliprane à portée de main 😄 https://www.euromedhabitants.com/parc-habite-1/ )
    Enfin la maquette d’Euromed/l’expo 30 ans n’était pas au Dock des Suds mais aux Docks Village : cela étant ça m’a bien fait sourire car voilà une idée qu’elle aurait été bonne !

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