Les élèves de Ruffi cantonnés aux préfabriqués pour “garder la place aux nouveaux habitants”

“Il y a deux ans, on nous disait qu’il allait y avoir une extension et une rénovation. Elles n’ont jamais eu lieu. L’année dernière, on nous a dit que notre nouvelle école allait être construite un peu plus loin. Depuis septembre, on voit la nouvelle école se construire. Et aujourd’hui, on nous dit que ne n’est pas pour nous!”, rage Leïla Freih-Elhadj-Mohamed, mère d’élève déléguée de l’école Ruffi (3e), en pointant l’école flambant neuve Antoine-de-Ruffi, à 300 mètres de là.

Construit en 2002 en préfabriqués, l’établissement scolaire Ruffi devait, à la base, n’être que provisoire afin d’accueillir neuf classes des écoles avoisinantes surchargées. Dix-sept ans plus tard, l’école, classée au sein du réseau d’éducation prioritaire renforcée (REP+), en compte 17. Très chaude l’été, très froide l’hiver, des plafonds qui s’effondrent, pas d’arbre dans la cour… “C’est un environnement sinistre, il faut le dire !”, s’agace une enseignante sous couvert d’anonymat. Un environnement sinistre que ses élèves ne sont pas prêts de quitter.

“Il faut garder des places pour les nouveaux arrivants”

Lundi prochain, le conseil municipal doit voter un nouveau périmètre de la carte scolaire, au détriment des enfants de l’école Ruffi, comme le relève La Marseillaise ce lundi. Alors que leurs parents s’attendaient à un transfert complet dans les nouveaux locaux “en dur”, seulement une petite partie pourra aller dans la nouvelle école, au bout de la rue. “Chaque fois que nous ouvrons une nouvelle école, nous définissons un nouveau périmètre, justifie auprès de Marsactu l’adjointe au maire chargée des écoles Danièle Casanova. Nous n’avons rien promis, j’ai toujours dit que l’école Ruffi allait continuer d’exister. Et il n’y aura pas la place pour un transfert sachant que l’on prévoit que le quartier va se peupler. Il faut garder des places pour les nouveaux habitants.”

“La nouvelle école ne viendra pas en remplacement de celle de Ruffi. Il n’y aura pas de transfert de tout le monde, confirme encore l’inspection d’académie. Et comme toutes les écoles, elle ouvrira progressivement.” Et ce même si la lecture du rapport au conseil municipal nous apprend que “le groupe scolaire Antoine-de-Ruffi offrira, en septembre 2020, 22 classes supplémentaires à la population du 2e arrondissement”. “Offrir ne veut pas dire qu’elles seront ouvertes directement”, explique l’élue. Seules 4 ou 5 classes devraient ouvrir en 2020, précise l’inspection d’académie.

“On perpétue les inégalités sociales”

Pour certains parents, l’incompréhension est totale. “Pourquoi on ouvre que quatre classes alors qu’on pourrait en ouvrir vingt et accueillir tout le monde­ ?”, s’interroge-t-on devant le portail. Dans les couloirs de l’école Ruffi, la nouvelle non plus, ne passe pas. “Ce nouveau périmètre comprend surtout les nouveaux immeubles d’Euroméditerranée, constate l’enseignante citée plus haut. Une école de riches pour des immeubles de riches. Et nos élèves, dont les parents sont dans des conditions socio-économiques difficiles vont rester dans des locaux vétustes.”  Rue d’Anthoine, boulevard de Briançon, rue Caravelle, rue Édouard-Crémieux, rue René-Cassin, quai d’Arenc… Le nouveau périmètre pour l’école Antoine-de-Ruffi, semble en effet dessiné en forme de fleur pour les nouveaux habitants, plus aisés, d’Euroméditerranée. Certains parents n’hésitent pas à employer le terme de “ségrégation”.

“Ici, nous sommes tous maghrébins ou africains. C’est comme si on disait « ils sont là bas, qu’il y reste »”, poursuit Leïla Freih-Elhadj-Mohamed, dont la fille est en CE2. Difficile de ne pas ressentir une mise à l’écart volontaire. “Vous imaginez, on a en face une école privée, puis on construit une école à 10 millions d’euros à côté où on ne pourra pas aller. En fait, on fait tout pour que les gens soient dégoûtés et s’en aillent”, complète Sandrine Zritis-Desmaris, également parent déléguée. “On est en train de perpétuer les inégalités sociales”, conclut une enseignante.

“Tout ça a été fait très discrètement”

Danièle Casanova balaie ces inquiétudes. “Le périmètre de la nouvelle école empiète sur trois écoles qui sont celles de Bellevue, Félix-Pyat et Ruffi. Donc trois écoles en REP +. Dans cette école, se côtoieront les enfants de classe modeste et ceux, un peu plus aisés d’Euroméditerranée.” Quant à la majeure partie des élèves de Ruffi, ils devront attendre la création de la cité scolaire internationale repoussée à 2024, informe l’élue, qui n’a toujours pas pris le temps de répondre aux parents d’élèves inquiets. Ces derniers, ou en tout cas les délégués, doivent se réunir ce jeudi pour décider d’une éventuelle mobilisation. L’équipe pédagogique compte bien les soutenir.

“On sent une non-connaissance chez certains parents, il faut informer. On ne peut pas agir si on ne sait pas les choix qui s’offrent à nous. On veut que les parents sentent qu’on est là. On espère une mobilisation. Tous ça c’est pour leurs enfants, pour nos élèves”, veut croire l’enseignante citée plus haut. Mais certains regrettent déjà le peu de temps dont ils disposent : “La sectorisation va être votée ce lundi. Ça nous laisse aucun champ libre pour se faire entendre. Tout ça a été fait discrètement…”

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