Le patron du Théâtre de la Comédie en grève de la faim : « À Gaudin et Pontier de décider »

Interview
le 7 Mai 2019
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L’homme de cinquante ans, dont vingt à faire vivre le Théâtre de la Comédie Marseille lutte pour la survie du lieu. Il entame ce mardi son 17e jour de grève de la faim. Son propriétaire, l'archevêché de Marseille, demande l'expulsion et lui réclame 130 000 euros de loyers impayés. Il refuse de partir, "jusqu'à la mort s'il le faut".

Jean-Pascal Mouthier, directeur de la Comédie Marseille allongé dans son bureau

Jean-Pascal Mouthier, directeur de la Comédie Marseille allongé dans son bureau

Il faut grimper quatre marches pour entrer dans l’étroit bureau du metteur en scène. Trop faible pour être à sa table de travail, il est allongé sur un canapé. Une imposante couette le recouvre. Pour sauver son Théâtre de la Comédie, il a débuté une grève de la faim le 21 avril. Le lieu risque de fermer ses portes pour de bon. Le 25 avril s’est tenue l’audience opposant Jean-Pascal Mouthier, le directeur de la salle et l’archevêché, son propriétaire, qui demande son expulsion et souhaite récupérer 130 000 euros de loyers impayés. Le jugement est attendu pour le 6 juin.

Pourtant le début de l’aventure était prometteur. En 1999, Jean-Pascal Mouthier entre dans ce qui sera son Théâtre de la Comédie. En échange d’une exonération de loyer jusqu’en 2013, il réhabilite tout seul l’ancien cinéma désaffecté. Mais le vent tourne entre le locataire et son propriétaire. Dès 2004, l’église cherche à récupérer son bien. La bataille judiciaire débute alors entre les deux parties. Bon an mal an, la scène ouvre tout de même ses portes en 2014. Plus d’une centaine de représentations est jouée cette année-là. Mais sans subvention, impossible de payer les 1580 euros de loyers mensuels. Les retards de paiement s’accumulent. Un important comité de soutien émerge alors pour sauver le lieu et une pétition rassemble 11 000 signatures, dont celle de l’ancien ministre de la Culture Jack Lang.

Un temps envisagée, la municipalisation du théâtre n’aboutit pas. Le théâtre a accueilli des réunions de candidats aux législatives auxquels Bruno Gilles, maire de secteur et soutien du théâtre jusqu’ici, s’oppose. Si Jean-Pascal Mouthier voit ces événements comme un moyen de faire rentrer de l’argent dans les caisses, le sénateur n’a pas digéré.

La machine judiciaire se remet en route. Le directeur du Théâtre est dos au mur. Quatre jours avant le début du procès de son expulsion, il engage sa grève de la faim. Une souscription a été lancée le 5 mai pour soutenir son combat. Au prix d’un important effort de concentration, il répond aux questions de Marsactu.

Comment vous sentez-vous?

Je vais bien. Cela dit, la semaine dernière, j’avais 54 pulsations cardiaques par minute. Le médecin m’a dit que si cela n’augmentait pas, c’était l’hospitalisation le lendemain. Heureusement, ça va mieux.

Je suis un peu fatigué, j’ai beaucoup de maux de tête. C’est ma première grève de la faim, j’espère que ce sera la dernière (rires). Je découvre le seizième jour sans m’alimenter. C’est très étonnant. Ce n’est pas désagréable de ne pas manger. On flotte. Je pensais que c’était quelque chose de très dur physiquement, mais c’est dur moralement. C’est une expérience, à défaut d’être enrichissante, d’une grande sérénité.

Comment va évoluer votre état de santé ? 

On s’est beaucoup parlé avec mon médecin et je sais exactement ce qui va passer par la suite. Je vais rentrer dans une autre phase : la destruction des cellules organiques, puis les problèmes cardiaques. Autour du 6 juin [date du jugement] il y a de très fortes chances que je sois mort ou en passe de l’être selon mon médecin.

Pourquoi avoir pris la décision de faire une grève de la faim ?

C’est une décision qui mûrit depuis plusieurs mois. Moi je suis un homme de théâtre, je n’aime pas la violence. Je n’ai trouvé que ce moyen. J’ai hurlé pour que Bruno Gilles et Jean-Claude Gaudin m’écoutent. Alors oui je suis désolé mais il ne reste que la résistance active pour me faire entendre, jusqu’à la mort s’il le faut. Je suis extrêmement déterminé. Maintenant, cela ne dépend plus de moi. À M. Gaudin et M. Pontier [archevêque de Marseille, ndlr] de prendre la décision. Par extension, mon combat est celui de toutes les personnes de la culture, pour ne pas mourir.

Qu’est-ce que vous attendez du jugement? 

C’était une audience civile avec échange de conclusions entre avocats. L’archevêché réclame mon expulsion et que je leur paye 130 000 euros.  L’archevêché affirme que j’ai refusé l’accord de 2014 [le projet de municipalisation du lieu, ndlr]. Pourtant je n’ai jamais assisté aux négociations. Le juge va statuer le 6 juin. Et j’ai bien peur que ce qu’il convient de faire me soit très défavorable. Je suis quasi-persuadé que je serai expulsé et il y a de très fortes possibilités qu’on saisisse ma maison le 7 juin. C’est pour cela que j’ai commencé ma grève de la faim.

Depuis 2004, on vit avec cette épée Damoclès. Il n’y a pas un spectacle où on ne s’est pas dit « pourvu qu’on puisse le continuer jusqu’au bout ». Mais il faudra la baïonnette pour me faire partir de mon bureau. Je reste ici.

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