Avant d’intégrer Thalès, Gemalto lâche du lest et trouve un accord sur son plan social

Actualité
Violette Artaud
24 Avr 2018 2

Après un peu plus de trois mois de négociations, quatre syndicats de personnel et la direction de Gemalto ont trouvé un accord pour l'application du plan social annoncé en décembre dernier. Pressée de conclure le dossier avant le rachat effectif par Thalès, Gemalto a revu à la hausse les conditions de ce plan.

Les négociations auront été intenses. Un “sprint” disent les syndicats. Le 1er décembre, ces derniers ainsi que l’ensemble des salariés de Gemalto, le géant français de la carte à puce, apprenaient qu’un plan social allait frapper leur entreprise. 288 postes menacés, dont 200 sur les sites de la Ciotat et de Gémenos. Ce lundi soir, la plupart des syndicats (CFE-CGC, Unsa, FO et CFDT) de cette entreprise ont fini par apposer leurs signatures au bas du document qui acte ce plan, contrairement à la CGT. Entretemps, les conditions ont largement évoluées en faveur du personnel.

Depuis trois mois environ, les syndicats ont négocié face à une direction pressée de conclure un accord. Au second semestre 2018, Gemalto doit entrer dans le giron de Thalès, son repreneur, avec l’ambition de créer “un leader mondial de la sécurité digitale”, comme l’annonçait en décembre dernier Philippe Vallée, le directeur général de Gemalto. Un calendrier serré qui semble donc avoir pesé en faveur des salariés dans le cours des négociations, sans pour autant remettre en cause le plan que les représentants du personnel dénonçaient unanimement.

10 % des postes sauvés

La principale avancée par rapport aux conditions originelles portent sur le nombre de postes finalement supprimés. “28 postes supprimés en moins. On sauve donc 10 % de ce qui était prévu au départ”, se félicite Anthony Vella, délégué syndical CFE-CGC et secrétaire du comité d’entreprise (CE) du site de Gémenos, vaisseau amiral de l’entreprise. Le syndicaliste mentionne, au deuxième rang de ces évolutions, des conditions de départ avantageuses pour ceux qui partiront délibérément : “Pour les départs volontaires, il va y avoir une incitation forte, notamment en ce qui concerne les départs à la retraite anticipés”, précise le secrétaire du CE. Le plan prévoit en effet de couvrir 24 mois à taux plein pour les retraites anticipées, avec une contribution possible de l’entreprise au rachat de trimestres de cotisations, à hauteur de 75 %, pouvant aller jusqu’à trois ans.

“Certaines personnes pourront donc bénéficier d’une retraite anticipée avec cinq ans d’avance. Les longues carrières seront prises en compte”, envisage positivement Anthony Vella. Une trentaine de personnes proches du départ à la retraite sont en mesure de bénéficier de ces conditions. “Au final, peut-être qu’une vingtaine de ces personnes feront ce choix”, réajuste Anne-Marie Chopinet, déléguée syndicale FO.

100 000 euros de prime de départ

Mais les syndicats ont également obtenu des avancées pour les départs volontaires “simples”. En fonction de leur ancienneté, les salariés prêts à quitter l’entreprise pourront jouir de 100 000 euros de prime en moyenne. “Une compensation qui devrait minimiser le nombre de départs contraints”, projette Anthony Vella qui estime à 100 le nombre de départs contraints dans le département. Du côté de FO, on estime que ce chiffre devrait passer de 200 à 160 ou 150.

“Mais le principal avantage réside dans la formation, ajoute Anne-Marie Chopinet. À Gemalto, la moyenne d’âge est de 47 ans. Les gens qui vont partir ont besoin d’une remise à jour pour retrouver un emploi.” La direction s’est donc engagée à verser une enveloppe d’environ 12 000 euros par personne pour la formation et l’accompagnement dans la recherche d’emploi, assure FO. “Avec la possibilité de multiplier par trois ce chiffre selon le nombre de personnes qui utiliseront cette enveloppe”, complète la syndicaliste qui ne se dit pas satisfaite pour autant. De son côté, la direction, prudente, n’a pas souhaité communiquer le jour même de la signature du plan.

Abandon du recours

“Nous ne serons jamais satisfaits car nous subissons un plan qui n’a pas de raison d’être. La contestation du motif est toujours d’actualité”, continue de défendre Anne-Marie Chopinet, qui parle même de “licenciements boursiers”. À l’annonce du plan social, et encore plus après le rachat de Gemalto par Thalès, les syndicats pointaient du doigt le bien fondé du motif économique sur lequel s’appuie la direction pour justifier les licenciements. “Pour nous racheter, Thalès a dû faire une rallonge de 500 millions par rapport à Atos [premier candidat au rachat, ndlr], faisant passer l’offre de 4,3 milliards à 4,8 milliards, retraçait il y a quelques mois Anne-Marie Chopinet. Le plan social lui permettra d’économiser 30 millions ! Quand on voit les chiffres, on est en droit de se poser des questions.”

“Les deux entreprises restent deux entités différentes et indépendantes ce qui implique que la situation économique n’a pas évolué et qu’une réévaluation de cette situation économique n’a pas lieu d’être”, avait expliqué il y a quelques semaines une porte-parole de la direction. Dans son rapport annuel 2017 publié début mars, le président non-exécutif de Gemalto Alex Mandl a évoqué “l’année la plus difficile de son histoire” pour l’entreprise. Celle-ci a tout de même annoncé un bénéfice net de 176,5 millions d’euros en 2017, en baisse de 33 % par rapport à l’année précédente.

Il y a tout juste un mois et dans cette optique de contestation du motif économique, les représentants du personnel ont obtenu devant la justice que la direction de Gemalto leur transmette les détails de l’OPA de Thalès. La justice contraignait ainsi la direction à expliciter “l’incidence de ce projet d’acquisition sur le projet de réorganisation et de plan de sauvegarde de l’emploi actuellement présentés aux instances”, pouvait-on lire dans la décision du tribunal de grande instance de Nanterre.

Mais qui dit signature du plan, dit abandon de cette bataille sur le fond, du moins pour les signataires. “Bien sûr, il y aura des départs contraints et il y a toujours de la casse dans un plan social, conçoit Anthony Vella. Mais dans tous les cas, il y aurait eu un plan social. Et entre un recours aléatoire et un plan avec des conditions bien négociées, nous avons choisi la deuxième option”. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de recours contre ce plan. La direction avait un temps voulu insérer dans l’accord une clause pour s’en prémunir (en cas de proédure, tout l’accord était caduque), avant de la retirer sous la pression des syndicats, comme l’explique La Marseillaise.

Mis à part la CGT dont nous n’avons pu joindre les représentants, tous les autres syndicats du personnel de Gemalto ont également choisi cette option. Le plan social a donc été approuvé avec bien plus des 50 % de représentativité nécessaires à son application. Quant aux détails concernant l’incidence d’un rachat à près de 5 milliards d’euros sur un PSE touchant 200 personnes, ils resteront bien rangés dans les tiroirs de la direction.

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