Sans doute trop vieille et mal immunisée, la République va-t-elle succomber à la covid ?

Billet de blog
par MalMass
le 31 Juil 2021
2

Avant de se demander si le Conseil constitutionnel saura remplir son rôle en censurant les nouvelles dispositions législatives prévues par le Gouvernement, revenons sur la situation actuelle dans les Bouches-du-Rhône en trois graphiques utilisant les données de Santé publique France.

Dans le département, l’épidémie est repartie au galop chez les jeunes. Le taux d’incidence chez les 20-29 ans atteint les 1600 nouveaux cas sur sept jours pour 100 000 personnes, soit deux fois plus que lors du pic du printemps dernier. Chez les moins de 20 ans et les 30-59 ans, le taux d’incidence approche les 500. Bien que réelle, la reprise reste pour le moment contenue chez les plus âgés.

Point besoin de gloser sur le variant delta et ses caractéristiques pour comprendre la dynamique actuelle. La géographie parle d’elle-même. Il suffit d’en rester aux fondamentaux : un gouvernement enthousiaste qui déconfine en avance, des gestes barrières oubliés pour un été démasqué, un retour des fêtes au soleil, notamment chez les jeunes, peu vaccinés et interdits de moments festifs pendant des mois. En Espagne, les fêtes étudiantes aux Baléares ont ainsi ramené des centaines de cas sur le continent qui y ont prospéré début juillet. En France, l’épidémie a alors repris dans les Pyrénées orientales, qui entretiennent des échanges nombreux avec la Catalogne, voisine et cousine. Puis, au gré des déplacements des fêtards et des touristes, la reprise épidémique a progressivement gagné les métropoles du sud et les départements littoraux. Désormais, la Haute-Corse et les Alpes maritimes sont en haut du tableau, avec une incidence supérieure à 2500 nouveaux cas sur sept jours pour 100.000 personnes chez les 20-29 ans. Puis viennent la Martinique, le Var et l’Aude, qui voisine avec les Pyrénées orientales, devant l’Hérault et les Bouches-du-Rhône.

Mauvaise nouvelle les hospitalisations sont reparties à la hausse, de façon beaucoup plus dynamique dans les Bouches-du-Rhône qu’en moyenne nationale. Il est vrai que la couverture vaccinale y est un peu plus faible.

Pour montrer qu’il agit, le gouvernement a décidé de revenir sur ses engagements du mois de mai pour étendre très fortement le champ d’application du passe sanitaire et repousser la fin de l’état d’urgence sanitaire, moins d’un mois et demi après la promulgation de la loi du 31 mai 2021 relative à la gestion de la sortie de la crise sanitaire.

Ses nouvelles décisions restreignent à nouveau nos libertés fondamentales puisqu’elles fixent des  conditions pour l’accès aux bars, aux restaurants, aux lieux de culture, aux moyens de transport longue distance, aux établissements de soins, et, à la rentrée, aux établissements scolaires. De fait, ces nouvelles contraintes vont aussi compliquer l’exercice de nombreuses activités économiques et nuire à leur chiffre d’affaires, comme les parcs de loisir en font déjà l’expérience.

Pourtant, ces mesures n’ont aucune justification sanitaire directe car la reprise épidémique, qui justifie cette nouvelle gesticulation, n’est liée ni à la fréquentation des musées, ni aux salles de cinémas, ni aux TGV, ni à la plupart des restaurants du territoire national. Elle s’explique d’abord par des rassemblements festifs sans geste barrières, notamment sur les lieux de vacances. Or, pour les limiter, rien n’est fait.

Si le gouvernement avait vraiment voulu ralentir la reprise épidémique, il aurait du activer les leviers d’action prévues par la loi du 31 mai 2021 pour réimposer, de manière territorialisée, le port du masque, l’interdiction des grands rassemblements, voire le couvre-feu nocturne. Qu’ont fait les préfets des départements les plus touchés ? Presque rien. Ils n’ont agit que tardivement et avec frilosité. Par exemple, dans les Pyrénées orientales, épicentre français de cette nouvelle vague, le préfet a laissé la situation se détériorer plusieurs jours, avant de prononcer une fermeture des bars et des restaurants à 23h mais sans  couvre-feu et avec la possibilité de continuer de festoyer sur les plages. Que dire du nouvel arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône, pris récemment, juste pour dire que rien ne change.

Que les nouvelles restrictions à nos libertés fondamentales n’aient aucun effet direct sur la reprise épidémique en cours, le gouvernement et la majorité parlementaire en conviennent d’ailleurs puisqu’à les écouter, l’objectif premier de ces mesures, c’est surtout d’obliger les non vaccinés à se faire piquer … sans assumer la responsabilité de rendre la vaccination obligatoire pour tous, alors même que cette mesure rationnelle est déjà en vigueur pour d’autres vaccins et qu’elle est inéluctable.

Au passage, cette attitude d’esquive du Gouvernement ne peut qu’apporter de l’eau au moulin des vaccino-septiques. Car après tout, si le gouvernement rechigne tant à l’obligation vaccinale pour tous, ne serait-ce pas parce que, échaudé par l’affaire du sang contaminé et par celle du médiator, il craindrait des poursuites pénales s’il devait s’avérer, avec plus de recul, que les effets secondaires des vaccins n’étaient pas si secondaires ?

Quoi qu’il en soit, pour tout démocrate sincère, la question à se poser est celle de savoir si un gouvernement républicain peut restreindre les libertés fondamentales de tous, uniquement pour viser un effet psychologique chez une minorité, dans le seul but de créer indirectement une obligation qu’il refuse d’imposer par la loi.

C’est à cette question que devrait répondre le Conseil constitutionnel dans les jours qui viennent en se penchant sur la nouvelle loi votée par le Parlement. Il devrait le faire en se rappelant que les épidémies de la covid sont là pour durer des années parce qu’il y aura régulièrement des nouveaux variants à combattre, dans un monde qui n’est ni compartimenté, ni rapidement totalement vaccinable, et où la durée d’efficacité des vaccin est incertaine. Il ne s’agit donc pas de réfléchir à une parenthèse qui bientôt se refermerait, mais à une façon de “vivre avec le virus”, comme Quelqu’Un l’a dit l’an dernier, sans jamais en tirer les conséquences dans ses décisions toujours courtermistes.

Préférant défendre l’Etat, plutôt que l’Etat de droit, le Conseil d’Etat a déjà failli. Feignons de croire encore quelques jours dans la capacité du Conseil constitutionnel à défendre les valeurs républicaines. Après tout, son président avait déclaré en novembre 2020 au Journal du dimanche qu’il ne fallait pas sacrifier nos valeurs, nos libertés et nos droits fondamentaux à la lutte antiterroriste. Cet arbitrage entre sécurité et libertés vaut aussi pour la sécurité sanitaire.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. Brallaisse Brallaisse

    Paul , je viens de lire avec attention le texte de Philippe SEGUR portant sur la vaccination et l’Etat de Droit . Une parenthèse , il est quand même rigolo de retrouver le même auteur au travers des ses oeuvres romanesques qui ont un fond d’anarchie et qui en même temps en appelle au Droit. Quel est le vrai SEGUR, l’auteur ou bien le professeur.
    Je me pose une question purement intellectuelle , si une personne adepte de la position de SEGUR ne se fait pas vacciner en prétextant l’atteinte à l’Etat de Droit et que cette même personne “chope” cette saloperie que doit ‘elle faire ? . Attendre que cela passe ou bien se faire hospitaliser?. Et comme je sens que cette personne est adepte de la procédure , doit’elle attaquer l’Etat comme le font certains pour mise en danger de la vie d’autrui. Mais là l’Etat pourra dire , je vous avais bien dit de vous faire vacciner .
    Le temps juridique n’est pas le temps épidémique. Que la” chicaia” juridique entre juristes de Droit public soit intérréssant oui sans doute, problème de pays riche et démocratique , à une seule condition de ne pas se retrouver en réanimation avec une sonde dans le conduit urinaire et des tuyaux dans les poumons et mis dans le coma à cause de la douleur entre autres.
    Quand il y a le feu on ne se pose pas la question de savoir si les pompiers dépendent de la région , du département , de la mairie ou de la Marine Nationale, on essaye de l’éteindre.

    Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire