Saïd, un dessinateur inspiré et inspirant

Billet de blog
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le 11 Mai 2018
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Toujours crayon en main, ce jeune artiste mahorais parcourt depuis 3 ans les rues de sa ville d’adoption: Marseille. Autodidacte, observateur et pluri-disciplinaire, Saïd Saïd (ses nom et prénom) poursuit son rêve de devenir dessinateur d’animation avec un éternel optimisme, qu’il semble transmettre à son entourage.

Saïd a 24 ans, un regard serein et un petit sourire accroché aux lèvres. Il présente bien, dans son sweatshirt blanc impeccable, avec sa sacoche au bout du bras. Voix posée, discours clair, des yeux qui pétillent quand il évoque ses rêves. À Marseille depuis trois ans, il est arrivé de Mayotte avec un objectif dont il ne démord pas : intégrer une école d’animation.

Alors qu’il cherche des contes à la bibliothèque, on lui tend un volume sans aucune illustration, peu engageant pour découvrir la richesse du folklore mahorais. Près de 60% des personnes en âge de travailler sont en situation d'illettrisme ou d’analphabétisme à Mayotte, Saïd a 16 ans et lui-même ne lit pas très bien à l’époque. Alors que les mangas japonais et les comics américains figurent parmi ses inspirations, il a du mal à accéder à une partie de son patrimoine : « On ne voit pas la culture des petits pays parce qu’ils n’ont pas de voix, mais je veux montrer que nous aussi on en a une. » Il se met alors en tête d'illustrer les contes et légendes mahorais, achète des manuels, une tablette graphique et commence son apprentissage seul.

Une ambition depuis l'enfance

Au lycée, trop occupé à dessiner dans les marges de ses cahiers, il rate deux fois son bac scientifique. Soutenu par son père, Saïd postule dans une école de cinéma d’animation depuis Mayotte, qui accepte de le recevoir. Mais une fois sur place, il est finalement recalé à cause de son niveau scolaire.

Saïd intègre alors un lycée professionnel et recommence sa formation pour valider son baccalauréat, il est aujourd’hui en terminale. En parallèle, il a postulé au lycée Marie Curie, qui propose un DMACA (diplôme des métiers d’art en cinéma d’animation).

À l’entretien, il a présenté ses illustrations des personnages des contes de Mayotte et son ambition d’en faire un support de la culture mahoraise. Il est d’ores et déjà dans la première sélection et saura s’il est admis d’ici quelques jours.

Marseille: son deuxième chez-lui

Si aujourd’hui il se sent chez lui, l’arrivée de Saïd à Marseille n’a pourtant pas été évidente. Des aprioris négatifs, l’impression de ne pas être à sa place… Avec le temps, il s’est finalement approprié la ville et a complètement changé sa vision. Il cite Richard Martin, le directeur du théâtre Toursky : « Marseille n’est pas une ville, c’est un pays. », et renchérit : « Marseille n’est pas une ville ni un pays, c’est le monde. »

Au lycée il commence le théâtre, qu’il pratique depuis 2 ans, et assiste à toutes les représentations possibles, considérant que l’observation et l’interprétation feront de lui un meilleur animateur. Le Toursky devient son quartier général, le carrefour de ses aspirations. C’est là qu’il rencontre Julie et Noël, fondateurs de l’association « Pamplemousse Enflammé », au quartier Félix-Pyat. Une révélation pour les deux parties : « Dans cette association ils m’ont donné de l’espoir, et ça c’est le plus important. Moi aussi je veux en donner. »

Des rencontres qui changent sa vision du monde

Le grand projet de Saïd, c’est bien ça, l’espoir. Et Noël voit juste quand il nous parle de la générosité sans limites du jeune homme. Il veut faire de longues études puis intégrer un studio d’animation renommé pendant quelques années, pour finir par créer le sien, et former des profils atypiques, comme lui. Il veut rentrer fier à Mayotte et donner l’impulsion et le courage nécessaires pour combattre « l’impuissance acquise », un système fataliste qui pousse à abandonner avant même d’essayer, et que l’on peut subir aussi bien sur l’île que dans les quartiers de Félix-Pyat. Julie est touchée par sa sensibilité artistique.

En attendant, il multiplie les expériences: il produit bénévolement des séquences d’animation, croque les portraits des enfants de l’association… « Saïd, il dessine très très bien ! », lance un petit garçon occupé avec des Lego. Raou, stagiaire au sein de « Pamplemousse Enflammé », dépeint un jeune homme calme, observateur, et disponible. Tous s’accordent sur son caractère positif et sa détermination. Saïd est sûr de lui et dégage une force tranquille, convaincu de ses futurs succès. « Ce qui me pousse, c’est l’envie. », martèle-t-il, et c’est précisément la puissance de ce moteur qui le propulse vers son objectif.

Marion Breelle et Marta Sostres

Commentaires

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  1. JulieLMJulieLM

    Est-ce qu’il existe un endroit sur les internets où on peut voir ses dessins ? : )

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