Journal de confinement. Day#1

Nous sommes en guerre !

Billet de blog
par Lorelei
le 18 Mar 2020
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La fleur au fusil

Mardi 17 mars. 12 heures. Je n’ai toujours pas reçu le SMS du gouvernement m’indiquant la mobilisation générale.

Le pays est en guerre. Le président a égrené cette phrase à 6 reprises la veille, au journal télévisé suivi religieusement par plus de 35 millions de personne. Nous n’avons pas de poste mais une connexion internet et un abonnement webTV. Malgré les sauts de débit, on réussit à comprendre que la situation est sérieuse. Peut-être. On est confinés et, en même temps, on peut aller courir ou promener le chien. On est confinés, la faute aux crétins citadins qui ont cru bon de se balader tout le dimanche dans les parcs et sur les bords de Seine. Ou d’aller pique-niquer à la plage. T’inquiète frangine, à Marseille, on craint dégun. Allez ! Hier, sentant le vent tourner, ils ont tous bourré leurs 4×4 de valises et se sont barrés à la campagne, avec le virus dans leurs sacs, le baladant dans toute la France. Bel exploit ! Pour circonscrire l’exode, nous voilà désormais sommés de sortir avec un laisser-passer.

Que j’ai fini par pouvoir imprimer au bout d’une heure à constater le plantage généralisé du site du ministère de l’Intérieur. Mais je n’ai toujours rien reçu d’officiel. On m’a peut-être oubliée…

La fleur au fusil, je sors travailler avec l’homme, partenaire professionnel d’édition, qui assure le quotidien en ces temps de disette. Il a réussi à signer un contrat salarié l’an dernier et je lui en serai reconnaissante à vie —non, peut-être pas à vie, on a sa fierté et il ne faut quand même pas pousser–, mais du moins pour l’instant, car le client va se faire rare. J’ai lu sur Twitter que certains avaient tout lâché au mois de février pour ouvrir des boites d’événementiel ou des agences-conseils en communication. Mauvais karma.
Aujourd’hui, je vais me contenter d’aller finir les boulots à l’atelier pour livrer les clients, histoire de mériter mon avance, mais ensuite je crains que la situation ne soit guère reluisante. Quinze jours de confinement au bas mot. On peut certainement tabler sur deux semaines de plus, jusqu’à Pâques. Il restera deux mois avant les vacances d’été. Pas les miennes, hein, ça fait quand même plusieurs années que je ne me fais plus trop d’illusions. Mais les leurs. Ce moment typiquement français où plus personne ne prend de décisions, ne signe plus de devis et où les chèques ont du mal à trouver le chemin du bureau du trésorier-payeur général ou celui de Jules, chef comptable qui n’a pas d’adresse électronique mais une snail mail, un mode régressif où un escargot s’accroche à la façade des immeubles avec une pochette-courrier vissée sur son dos pour livrer les dossiers urgents.

Bon, mai juin : rien. Juillet, août : personne. Septembre ? Avec 45 jours de délai de paiement, nous voilà à la Toussaint. A temps pour creuser une tranchée et y plonger avec ma petite entreprise. Je reçois mon SMS de mobilisation. Le président l’a bien dit : nous sommes en guerre !

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