Journal de confinement. Day#5

En France, on n’a pas de masques, mais on a des idées

Billet de blog
par Lorelei
le 22 Mar 2020
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Où l'on apprend que l'on peut faire preuve d'ingéniosité à défaut de fournir des masques à son personnel.

Samedi 21 mars. 16 heures.

J’ai changé de crèmerie, enfin de supermarché, après mon expérience de lundi. Hé bien, same, same but different. Toujours pas d’œufs, de produits frais, à l’exception soyons honnête, des produits de marque distributeur, et encore. Pas de bières ni de cubitainers de vin, oui, nous avons eu cette idée géniale avec l’homme d’investir dans un « cubi » de rosé, pour m’éviter de descendre tous les deux jours chercher notre dose de remontant mais nous n’étions visiblement pas les seuls à avoir un cerveau encore fumant. Pas de curry non plus, indispensable à la recette de mon réputé curry-coco-de-lentilles-avec-trois-fois-rien-on-fait-des-merveilles, de pain ou de haricots verts.
Plusieurs dizaines de boîtes de macédoine de légumes étaient cependant disponibles, implorant, comme des petits chiots dans leur vitrine, la rencontre avec une personne assez bonne pour les ramener chez elle. Il faut croire que la macédoine –mais d’où vient ce nom– a laissé un souvenir détestable à tout le quartier, à raison, il est vrai, c’est tout de même un crime que de servir à la cantine et à des petits enfants, un mélange informe de petits pois, carottes, navets et haricots dans un bouillon non assaisonné qui donne à ces pauvres légumes un aspect caoutchouteux, et imbibe derechef la semelle qui l’accompagne et qui tient lieu de viande. Arghh. Enlevez-moi ça de la mémoire.

Nous étions quelques dizaines, après avoir montré patte blanche au vigile, à nous être engouffrés dans le magasin, certains avec leur liste qu’ils essayaient de valider avec plus ou moins de succès, d’autres, comme moi, errant parmi les rayons à la recherche d’inspiration. Ce qui frappait était que nous évitions tous, et impérativement, de nous croiser. Plusieurs avaient un masque de chantier sur le nez, la majorité une écharpe enroulée autour du menton. On se demande, mais bon, c’est pas la peine d’attraper la crève en plus.

Non, la scène désolante, qui acheva de me miner le moral, déjà bien entamée par la rencontre dans l’escalier avec ma voisine âgée –larmes aux yeux, son mari est en ehpad, je n’ai pas posé de questions– était la structure bricolée autour des caisses, et bien évidemment autour des caissières et caissiers qui se trouvaient assis derrière, foulard ou masque sur le nez sans homogénéité notable.

Un bricoleur avait défini un espace réservé autour d’eux pour tenter de les protéger, enfin j’espère. Il avait imaginé –et réussit– à ceindre les portiques de sécurité de film alimentaire étirable, sur un bon mètre de hauteur. J’avais bien observé l’installation de plaques de plexiglas devant les caisses de certains supermarché dans des reportages diffusés sur les chaines d’infos, toujours accompagnés de commentaires larmoyants sur les hôtes de caisse, ce personnel en première ligne dans la guerre contre le COVID-19, bla bla bla, et quelle générosité, bla bla bla, on leur donnera un petit pécule si on s’en sort. Mais la structure éphémère proche de l’installation artistique qui avait été montée en quelques minutes sur plusieurs dizaines de mètres, là, j’avoue, c’était quand même une première, so chic, et avec figurants mimant la peur s’il vous plaît. Manquait plus que du champagne et des lancers de paillettes pour clore cet happening improvisé. En France, on n’a pas de masques, mais on a des idées !

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