Covid : il serait temps de connaître les premiers résultats de l’enquête Epicov

Billet de blog
par MalMass
le 26 Août 2020
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Fin avril 2020, l’Inserm a largement communiqué sur le lancement d’une vaste enquête épidémiologique sur la covid : l’enquête Epicov. Selon les termes de son communiqué de presse, l’objectif était de « connaître le statut immunitaire de la population pour guider la décision publique ». A cet effet, plusieurs dizaines de milliers de Français, statistiquement représentatifs de la population à l’échelon départemental, devaient être interrogés. Ils devaient aussi faire l’objet de tests biologiques pour « fournir une cartographie globale et scientifiquement fiable du statut immunitaire de la population et de sa dynamique ». L’ambition affichée était forte puisqu’il s’agissait d’ « appuyer l’élaboration des stratégies de déconfinement » et de « permettre la détection précoce de toute reprise épidémique ». Depuis, le déconfinement a connu plusieurs stades et, depuis mi-juillet, la reprise épidémique est déjà là, tandis que les premiers résultats de l’enquête Epicov, promis pour avant l’été, se font toujours attendre.

Connaître le nombre de personnes qui ont contracté le coronavirus SARS-CoV2, les symptômes qu’ils ont subis et leur gravité sont pourtant des informations indispensables pour disposer enfin de bases solides aux indicateurs de suivi de l’épidémie. Car, si l’enquête Epicov atteint ses objectifs, elle permettrait d’estimer des taux de mortalité et des taux d’hospitalisation plus robustes que ceux disponibles actuellement. Ces indicateurs permettraient de déduire des statistiques hospitalières publiées quotidiennement l’ampleur réelle de la reprise épidémique et de mieux contextualiser les statistiques sur les cas constatés par tests PCR.

Depuis le début de l’épidémie, même s’ils s’y réfèrent régulièrement, les autorités sanitaires, les experts et les médias rappellent la fragilité des statistiques fondées sur le nombre de cas constatés, qui dépendent fortement de la stratégie de tests mis en place. En mars, à peine quelques dizaines de milliers de tests étaient réalisés chaque semaine en priorisant les cas graves et leurs contacts. Aujourd’hui, plus de 700 000 tests peuvent être réalisés chaque semaine sans les cibler spécifiquement sur les cas graves, parce que des opérations territorialisées de dépistages massifs sont organisées, parce qu’un test négatif est demandé pour se rendre à l’étranger ou parce que, suivant les consignes du ministère de la santé, un médecin peut suggérer un test à un patient n’ayant que des symptômes légers. A nombre de cas constatés identiques, la situation sanitaire moyenne est donc forcément différente, d’un degré de gravité moindre, sans que cette moindre gravité ne résulte d’une diminution de la virulence du virus. Il n’est point besoin d’être médecin pour le comprendre. C’est d’abord une question de logique.

En l’absence des résultats de l’enquête Epicov, les seules données de référence disponibles sont issues de modélisations fondées sur des paramètres qui restent hypothétiques à ce stade. Par exemple, le travail de modélisation publié par l’Institut Pasteur début mai, qui correspond à une hypothèse d’un risque de mortalité moyen de l’ordre de 0,7%, conclut qu’entre 3% et 7% de la population française aurait été contaminée jusqu’au 11 mai, avec un risque d’hospitalisation estimé à 3,6%. Sous ces hypothèses, comme depuis le déconfinement, plus de 15 000 personnes ont été hospitalisées pour covid en Métropole, c’est donc au moins 420 000 personnes qui auraient été infectées sur la période, soit cinq fois plus que le nombre de personnes testées positives dans les remontées officielles. Autrement dit, 80% des nouveaux cas n’auraient pas été identifiés. Ce nombre serait resté supérieur à 5000 par jour début juin, quand le président du conseil scientifique évoquait 1000 cas quotidien. Au plus bas, début juillet, il ne serait jamais descendu sous les 2000 nouveaux cas par jours. C’est dire la fragilité des indicateurs actuellement mobilisés pour suivre l’épidémie. Mais ces chiffrages restent fondés sur des hypothèses et devraient être affinés par des estimations par tranche d’âges, point essentiel compte tenu du rôle de ce facteur dans le degré de gravité de la maladie.

Pour que les prises de décisions soient pertinentes alors que l’ombre de nouvelles restrictions des libertés publiques se profile, iI faut pouvoir savoir quel est le taux de couverture réel des tests pratiqués. Il faut pouvoir savoir dans quelle mesure la hausse du nombre de cas positifs est réelle ou biaisé par la hausse du nombre de tests. Il faut pouvoir savoir si la hausse du taux de positivité est le signe d’une incidence plus forte de la maladie ou le fruit d’un meilleur ciblage des tests. La publication des résultats détaillés d’Epicov doit pouvoir aider à sortir du brouillard. Il serait donc temps que les promesses soient tenues.

Commentaires

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  1. Jacques89 Jacques89

    Pas étonnant que les scientifiques s’écharpent et que la population crie au complot. Manque juste la perspective du vaccin pour assaisonner le tout.

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