Covid : l’échappée des Bouches-du-Rhône vers un second pic

Billet de blog
par MalMass
le 4 Sep 2020
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Le 23 aout, de nombreux supporters de l’Olympique de Marseille fêtaient la défaite du Paris-Saint-Germain en ligue des champions face au Bayern de Munich, moins par passion pour le jeu bavarois que par détestation de la capitale, sans que l’on sache exactement qui en constitue la cible prioritaire, de son jeu, de ses joueurs, de ses supporteurs ou de ses habitants. Mus par les mêmes sentiments positifs, les Parisiens pourraient regarder avec condescendance l’échappée des Bouches-du-Rhône dans la reprise épidémique constatée depuis mi-juillet.

Depuis cette date, le nombre de nouvelles hospitalisations liées à la covid ne cesse d’augmenter rapidement dans le département, beaucoup plus qu’ailleurs en métropole et notamment davantage qu’à Paris et sa petite couronne, ou à Lyon, pour s’en tenir aux trois premiers pôle urbains français (voir graphique ci-dessous).

Ces derniers jours, les Bouches-du-Rhône sont mêmes lanterne rouge avec 11 nouvelles hospitalisations pour 100.000 habitants en une semaine. C’est certes trois fois moins qu’en Guyane mais c’est presque trois fois plus que Paris (voir carte ci-dessous). Champion !

Replacée dans une perspective de plus long terme, les flux de nouvelles hospitalisations dans les Bouches-du-Rhône ont retrouvé le niveau qu’ils avaient début mai, avant le déconfinement (voir graphique ci-dessous).

A ce rythme, le département pourrait être en première ligne d’un deuxième pic épidémique après avoir été plus épargné que d’autres par le premier.

Il n’y a là rien de très surprenant. Pendant des semaines, l’obligation du port du masque dans les transports en commun a massivement été négligée. Dans de nombreux bars et restaurants, les gestes barrières minimaux ne sont toujours pas respectés, à commencer par le port du masque par les serveurs. Quant à l’obligation de se masquer dans la rue, il suffit de se promener de la Plaine à Joliette en passant par Noaille et le Vieux-Port pour se dire que les Marseillais ont déjà anticipé l’annulation de l’arrêté préfectoral par le tribunal administratif, comme à Lyon, Strasbourg ou Pau. Le premier ministre claironnait que 700 personnes étaient verbalisées chaque jour pour non port du masque en France. Une demi-journée passée dans le centre de Marseille lui permettrait de dépasser ce score ! A la décharge des Marseillais, ni l’Etat, ni la ville, n’ont visiblement voulu faire respecter cette obligation quand elle se limitait à des quartiers ciblés et très fréquentés, rendant son extension à toute la commune illusoire.

Ces infractions récurrentes et persistantes ne sont sans doute pas directement responsables de la reprise épidémique mais les Parisiens, du haut de leur capitale, pourront se dire qu’elles traduisent l’état d’esprit marseillais, fait d’inconscience, de jemenfoutisme, de manque de civisme, voire d’égoïsme, qui implique aussi un moindre respect des gestes barrières dans sa famille et entre collègues, là ou le virus circule sans doute le plus.

Au Préfet de voir si la meilleure façon d’ouvrir son parapluie est de prendre des mesures privatives des libertés publiques larges qu’il ne fait pas respecter, plutôt que des mesures plus ciblées, réellement contrôlées, avec des sanctions systématiques à l’appui – En est-on encore à la pédagogie sur l’alcool au volant ?

A la mairie et à la métropole de voir si la meilleure façon de protéger sa population et ses entrepreneurs consiste à renvoyer la balle à l’Etat, plutôt que de s’impliquer plus fortement pour le respect des gestes barrières, dans la communication, l’affichage public et dans les contrôles.

A chacun de voir enfin, s’il a intérêt de jouer au passager clandestin le plus longtemps possible pour profiter de la vie d’avant comme si de rien n’était, en attendant les prochaines restrictions pour tous.

Nous sommes les Marseillais. Et nous allons gagner. Reste à déterminer notre objectif : premier au deuxième pic ou premier à renverser la courbe de la reprise épidémique.

 

NB : le traitement des données et les illustrations ont été réalisés sous le logiciel libre R.

Commentaires

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  1. Jacques89 Jacques89

    Dommage! Manque toujours l’origine géographique des hospitalisés. Dans ces périodes de flux de populations, compte tenu de la période d’incubation, pas sûr que le pic soit bien marseillais. Plus on réduit la champ de la lorgnette, moins on a de chance de cerner le problème.

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  2. MarsKaa MarsKaa

    Mais pourquoi ce doute sur le fait que ce soit bien des Marseillais Jacques89 ? Je ne comprends pas pourquoi cela vous paraît inimaginable.

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    • Jacques89 Jacques89

      Ils ne soignent que des marseillais à la Timone? Les autres (les touristes relativement nombreux en cette saison) seraient-ils renvoyés dans leur région ou pays d’origine ? J’en doute.
      Donc faire un comparatif entre départements plus ou moins touchés en ce moment, ça peut être aussi risqué qu’en avril où toutes les zones du pays n’étaient pas touchées de la même façon.

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